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Articles

Affichage des articles du juin, 2010

Trois nouvelles de G.K. Chesterton

Il ne faut jamais bouder le plaisir de revenir sur des classiques. Les trois nouvelles de G.K. Chesterton publiées en français sous le titre Le meurtre des Piliers Blancs appartiennent à cette catégorie de textes offrant un sentiment de familiarité ponctué de surprises. Il y a toujours au départ des mystères inconfortables, parce que baignés par une atmosphère surnaturelle, suggérant peut-être que l’explication rationnelle des dernières pages n’est pas nécessairement souhaitable, ou exhaustive, voire qu’une autre possibilité s’échappe devant nous, une fois le récit terminé.
L’étrangeté de l’ambiance ne doit rien à l’art de la description minutieuse, bien que celle-ci insiste souvent sur les variations de la lumière. Le lieu n’influence guère la trame, sauf lorsqu’il accompagne la réflexion, image du moment employé à rêver, où les objets deviennent intéressants à force de les regarder, envahis par les émotions du spectateur. Ainsi, Ce jardin resplendissant au soleil la rendait plus méla…

Livres lus [II]

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet
Le roman d’apprentissage est loin d’être un genre épuisé et l’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (dont le titre originel est The Selected Works of T.S. Spivet) le prouve avec éclat. Le narrateur, T.S., est un garçon de douze ans, surdoué et passionné des disciplines les plus diverses, de la cartographie à l’histoire naturelle. Dans son ranch du Montana, sa famille se compose du Dr. Clair, sa mère, entomologiste toujours à la recherche d’un coléoptère rarissime, de son père, « authentique cow-boy », et de sa sœur Gracie, qui rêve de devenir actrice, sans oublier le fantôme de Layton, l’aîné de la fratrie, décédé dans un accident. Lorsque TS apprend que ses illustrations scientifiques ont remporté le prix Baird au musée Smithsonian, le voyage à Washington DC en train de marchandises, à la manière des vagabonds d’autrefois, et à l’insu de ses parents, s’impose. T.S. emporte dans sa valise, parmi d’autres objets ins…

Livres lus [I]

Pendant les prochaines semaines, je dédierai cet espace aux livres lus récemment, aux romans et essais, anciens ou nouveaux, qui m’ont particulièrement plu.
Le Collectionneur d’impostures
De nombreux récits brefs mettent en scène des imposteurs, mystificateurs, faussaires et auteurs de supercheries diverses depuis le Moyen Âge et jusqu’à aujourd’hui. L’auteur nous fait connaître son intérêt pour ces histoires en partant d’un fait divers récent qui lui paraît emblématique : l’histoire d’une jeune fille ayant inventé une agression dans le RER uniquement pour se rendre visible. L’étrangeté d’une telle démarche vient du décalage entre le bénéfice espéré et le risque encouru, et la plupart des récits explorent précisément des fuites en avant, des petits mensonges vaniteux ou cupides qui deviennent des boules de neige impossibles à arrêter. La dynamique de l’imposture, qu’elle concerne de fausses têtes couronnées, des victimes imaginaires de désastres bien réels ou, plus simplement, des simpl…

La Danse. Un regard curieux

Avec « La Danse », le cinéaste Frederick Wiseman développe un concept fascinant et rare dans l’art du documentaire : la mise en place d’un regard qui englobe les différents espaces des Ballets de l’Opéra de Paris. Une vision d’autant plus impressionnante qu’elle est dépourvue de tout discours sociologique, et de toute voix-off. Les Ballets ouvrent pour nous ses portes et dévoilent leur vie de ruche (et le spectateur y découvre même de vraies ruches sur le toit du bâtiment), leurs coutumes hors du temps, leur discipline, leurs moments de grâce et de relâchement, leurs activités silencieuses aussi. Pendant deux heures, la caméra évoluera des répétitions aux bureaux, où les questions compliquées du choix de la programmation, du financement et du mécénat sont évoquées ; on verra aussi les costumières, nettoyeurs, corps de ballet et danseurs étoiles, la directrice artistique, ceux qui commencent leur carrière et ceux qui s’interrogent sur leur avenir. Une mise en scène du Songe de Médée, p…

L'accent de la sincérité

Suite à un pari imprudemment pris (mais y a-t-il des paris prudents ?) auprès de Pierre le Voyageur, j’avais décidé d’écrire un texte sur Hofwijck, maison de campagne entourée d’eau, autrefois décrite par le poète néerlandais Constantijn Huygens. J’avais oublié un détail qui peut s’avérer gênant, aussi bien pour le blogueur que pour le lecteur : je n’ai jamais visité Hofwijck, ni Voorburg, ni Leyde, d’ailleurs. Evoquer une réalité inconnue n’est cependant pas une tâche étrangère à l’écriture littéraire. De nombreux écrivains-voyageurs en chambre ont toujours trouvé leur inspiration dans les bibliothèques, dans les musées ou les récits légendaires, créant ainsi des atmosphères artificielles qui n’étaient pas moins enchantées pour autant. La quête de la substance authentique du temps passé ne serait-ce qu’un mirage langagier ? Dans ces quelques pages, je vais tenter de répondre à cette question en faisant le point des (rares) artifices à ma disposition. Il s’agit de trouver ce je ne sai…

Champs de seigle

Quand j’avais 15 ans, j’ai remarqué le titre d’un des romans de la liste de lectures scolaires proposées cette année-là dans mon école. Il était question, dans la version espagnole, de seigle ou d’un champ de seigle, ce qui donnait à l’œuvre un avant-goût d’imprévisible qui n’était pas pour me déplaire. Le livre en lui-même était d’ailleurs surprenant parce qu’éloigné au possible de tout ce que j’avais vu jusque là. Une couverture blanche, un titre, point final. Pas d’image accrocheuse ou mystérieuse, pas de résumé de l’intrigue, pas de biographie de l’auteur, même succincte. D’ailleurs, mon dictionnaire des noms propres m’apprit bientôt que, sur l’auteur, il n’y avait rien à savoir. Point final aussi.
Il restait le roman, et c’est là que l’enchantement commençait. Les aventures d’un adolescent fugueur, ou leur absence, car les péripéties newyorkaises tournent court ou éclatent en conversations nocturnes lors des visites à des heures indues, étaient le prétexte au jaillissement d’une v…

Artistes de l'autre côté

L’Autre côté (Die Andere Seite, 1909) est le titre du premier et unique roman d’Alfred Kubin. Il raconte l’aventure d’un voyageur égaré dans une cité idéale, nommée Perle, quelque part au Pays des Rêves, ville qui se transforme peu à peu en vision de cauchemar. La fascination de l’étrange et du fantastique est une des clés de l’œuvre de cet écrivain et dessinateur qui illustra entre autres, les œuvres de Dostoïevski et d’Edgar Poe. Le monde graphique de Kubin est ancré dans le quotidien, dans la vie et les paysages ruraux, tout en restant vaguement terrifiant pour les questions qu’il évoque en silence. L’usage de l’aquatinte dévoile des atmosphères délavées, rappelant tout aussi bien l’absurdité poétique d’une comptine que le souvenir d’un rêve incompréhensible.

Le rêve, précisément, était pour Alfred Kubin le chemin qu’il devait suivre en tant qu’artiste, point de vue à la fois entièrement subjectif et accordé à des préoccupations typiques de son époque, qui est celle de l’exploratio…

Le narrateur peu fiable

A l’opposé du narrateur omniscient, cette figure littéraire désignant un narrateur dont la crédibilité est mise en doute, qui se contredit facilement qui manque sérieusement son objectif, est un artifice rhétorique très intéressant pour introduire le suspense dans le récit. Son origine est incertaine. Il apparaît parfois dans les contes arabes et indiens, comme l’illustrent les Mille et une Nuits (1). Le narrateur n’est pas la voix de l’auteur, bien que la notion de narrateur omniscient implique une certaine autorité, une version unique du récit ; il est davantage une construction romanesque dont la fiabilité tient tout aussi bien au nombre d’éléments subjectifs exposés qu’aux possibilités d’identification lecteur-narrateur. Plus la distance est grande entre la perception du monde les valeurs véhiculées par le personnage et celles du lecteur, moins le narrateur semblera sûr. Cependant, le narrateur peu fiable peut également devenir une source d’identification avec le lecteur, en éveil…

L'ambivalence du hasard

La loterie à Babylone, récit de Jorge Luis Borges inclus dans Fictions, expose, sous l’aspect d’une allégorie, une réflexion fascinante sur les jeux de hasard et sur l’ambigüité, entre la volonté de contrôle d’une part, et la soumission à une règle du jeu changeante de l’autre. L’ambigüité se trouve dans le fait suivant : le jeu ne devient jamais ni complètement aléatoire, ni complètement contrôlé par un ensemble de règles, et les différents acteurs qui y participent (les Babyloniens et la Compagnie) provoquent intentionnellement des chaînes d'erreurs dont les conséquences sont incertaines. Le jeu oscille ainsi entre la catégorie simultanée (les joueurs n'ont aucune information sur les autres joueurs) et la catégorie séquentielle (les joueurs disposent de certaines informations), sans appartenir de manière évidente à l’une ou à l'autre catégorie. Paradoxalement, cette ambivalence ne supprime pas le jeu, mais il réaffirme et conduit à son expansion. Le récit explique les ra…

Actualité de Jane Austen

Qui lit encore les romans de Jane Austen ? Beaucoup de monde, en apparence. Les quinze dernières années ont connu au moins une dizaine d’adaptations au cinéma ou à la télévision des six œuvres principales de la romancière anglaise : Raison et Sentiments (Sense and Sensibility, 1811), Orgueil et Préjugés (Pride and Prejudice, 1813), Mansfield Park (1814), Emma (1816), Northanger Abbey (1818) et Persuasion (1818) font souvent l’objet de versions filmées qui suivent plus ou moins fidèlement leurs modèles. Sans parler d’autres œuvres cinématographiques inspirées d’épisodes de la vie de la romancière comme Jane, d’après le roman Becoming Jane Austen, de Jon Spence ou The Jane Austen Book Club, d’après le livre de Karen Joy Fowler, où les péripéties développées chez une demi-douzaine de personnages s’appuient sur les intrigues de Jane Austen.
Il existe bien entendu un certain nombre de bonnes raisons de lire ou relire ces histoires de jeunes filles un peu ingénues, parfois espiègles, souven…

Fabriques de jardin et autres folies

Les pavillons de style gothique, romantique ou tout simplement issus de rêves bizarres ont été jadis appelés folies, car on y attache d'ordinaire l'idée qu'elles sont construites d'une manière bizarre ou qu'elles ont coûté beaucoup d'argent. (1) Cette acception du mot folie se répand surtout à partir du XVIIe siècle en France (2), bien que les plus célèbres objets appartenant à ce genre ne soient vraiment pas des exemples d’extravagance. La grotte de Thétis, celle du Luxembourg, celle de Richelieu ou le pavillon de Marly étaient avant tout des lieux de retraite et d’agrément situés au milieu d’un ensemble architectural dont ils avaient gardé le style. La mode venait, comme tant d’autres tendances à cette époque, d’Italie, synonyme, au début du XVIIe siècle, de classicisme et de modernité à la fois. En revanche le mot fabrique de jardin, qui désigne également un élément du décor dans la peinture académique, est davantage utilisé au XVIIIe siècle et correspond bi…

Labyrinthe végétal

L’antique symbole du labyrinthe est sorti des églises au XVIe siècle pour s’installer aux jardins. Tout comme le théâtre, dans la variante du drame liturgique, le labyrinthe de déambulation à l’échelle 1/1 avait sa place dans la cathédrale, comme à Chartres à Reims ou à Saint-Quentin, où il était appelé la Lieue ou le Chemin de Jérusalem ; il en est sorti en devenant une œuvre autonome qui ne s’intégrait plus dans la liturgie ou dans un autre rite parallèle (rattaché, par exemple, au pèlerinage). Il était sur le point de se transformer en endroit propice au jeu de galanterie ou d’énigmes, réservant des surprises, comme les musiciens cachés au cœur du labyrinthe de Chantilly, vers 1760.
Les premiers labyrinthes construits à l’aide de haies ou d’arbustes à l’époque de la Renaissance rappellent certainement la mode architecturale et paysagiste italianisante importée en France dans la cour de Catherine de Médicis, et on peut encore les retrouver, par exemple, à Chenonceau. Ils préfigurent…

Zwischenstadt et frontière

Je viens de lire le très intéressant essai de l’architecte allemand Thomas Sieverts ‘Entre-ville : Une lecture de la Zwischenstadt’*, qui décrit, à la fin des années 1990, les marches et les marges de la révolution urbaine. De monde périphérique autrefois sans importance, la Zwischenstadt est devenue le lieu où vit plus de la moitié de la population mondiale. La Zwischenstadt est une mise en cause de la cité européenne traditionnelle, une ville sans centre, donc sans histoire et sans nom, sans début et sans fin, car ses limites géographiques sont floues, elle n’est ni une ville ni un village situé à la campagne, car la nature y est modifiée et tous ceux qui y vivent le font tournés vers un centre distant, qui est l’endroit où se déroulent la plupart de leurs activités. La ville compacte, à l’ancienne, subit une influence considérable de la part de la Zwischenstadt. A mesure que celle-là se dépeuple, celle-ci s’étend, toujours plus loin du centre, et cet éloignement ne va pas de pair av…

Miroirs convexes

Parmi les objets curieux qui font partie du décor des tableaux flamands du XVe siècle, le miroir convexe occupe une place particulière. Appelé miroir de sorcière, et aussi miroir de banquier, parce qu’il lui permettait de surveiller sa boutique, le miroir convexe apparaît dans l’histoire de l’art en même temps que ces deux révolutions qui sont la peinture à l’huile et la perspective. Originaires de Venise, fabriquées avec du plomb ou du mercure appliqué sur la surface concave d’une boule de verre soufflé, ces petits miroirs bombés semblent être très à la mode dans la peinture de la fin du Moyen Âge, avant de se raréfier vers le XVIe siècle, où ils disparaissent pour être peu à peu remplacés par les miroirs plans. Chez Petrus Christus, Quentin Metsys et Jan van Eyck, le miroir étend le champ visuel et laisse entrevoir un tableau qui n’a existé, éphémère, que dans le regard du peintre : une vision fragmentée de l’autre côté de la pièce, un aperçu de la rue. Placé à l’arrière-plan, il of…

Eloge de la rêverie

Une étude canadienne (1) met l’accent sur le rôle de la rêverie dans la réflexion. Le mind wandering, activité préférée des daydreamers et autres bayeurs aux corneilles stimulerait certaines régions du cerveau et faciliterait ainsi la résolution de problèmes complexes, car « Quand on rêve éveillé, on peut ne pas atteindre son objectif immédiat (par exemple la lecture d'un livre ou suivre les cours en classe) mais l'esprit prend le temps de régler des questions plus importantes, comme la promotion de sa carrière ou ses relations personnelles ». (2) Puisque nous passons en moyenne un tiers de notre vie à rêvasser, cela ressemble à une bonne nouvelle.
Pourtant, la rêverie, aussi bien dans le langage courant que dans la littérature de fiction, est davantage associée à une oisiveté malsaine et à un irrémédiable décalage avec la réalité. Le verbe rêvasser, attesté depuis la fin du XIVe siècle, et affublé du suffixe péjoratif –asser (on rêvasse comme on traînasse), avait en ancien fr…

Félinités

Les chats sont libres. On me l’a toujours dit. Ils sont attachants mais ne se lient pas. Et il serait dommage de les attacher. Ils ne sont pas des chiens. Et alors ? Ils aiment visiter les maisons inconnues, saluer les passants envers lesquels ils sentent quelque amitié, se fondre dans toutes les nuances du gris et courir sans un bruit dans les allées des jardins dont l’herbe est plus verte. Ils aiment les hauteurs où ils peuvent jouer les gargouilles, tout en regardant avec indifférence des vues à couper le souffle. Parce qu’elle donne des allures furtives à leur démarche flottante, la pluie les rend, paraît-il, mélancoliques. Ils savent chanter de longues complaintes nocturnes. Les chats ignorent nos soucis, ce qui ne les empêche pas de nous consoler le moment venu, et de chasser notre tristesse d’un coup de patte. Il y a dans leurs yeux la profondeur de l’attente et du temps arrêté. Roulés en boule, ils ont l’air dans la lune, rêvant à longueur d’année ou s’étirant tout en griffes …

La chapelle de l'Arena

Le noble padouan Enrico degli Scrovegni craignait probablement les tourments de l’enfer et c’est pour racheter les péchés de son père Reginaldo degli Scrovegni, usurier notoire qui occupe une certaine place dans l’œuvre de Dante, (1) qu’il commanda à Giotto di Bondone, en 1305, les fresques de la chapelle, voisine de son palais, qui porte son nom à Padoue. Une chapelle destinée à l’expiation, à rétablir un équilibre perdu à l’aide d’un thème et de motifs familiers au public médiéval. Le thème de la rédemption d’un seul personnage est, à cette époque, abondamment illustré dans l’art. Il suffit de citer les nombreuses représentations de Marie Madeleine ou la place de la quête chevaleresque ou du pèlerinage expiatoire dans la société et la littérature du Moyen âge. L’usure étant considérée comme une faute d’une extrême gravité, la beauté de la chapelle devait être d’autant plus impressionnante. La chapelle Scrovegni, dite aussi chapelle de l’Arena, déroule, du sol au plafond, différents…

Le poète et la princesse

Il y a quelque temps, un tableau représentant Shakespeare, peint de son vivant, dit-on, a été dévoilé au public. Admirablement bien conservé, le portrait du poète et dramaturge n’est qu’un énième mirage destiné à épaissir le mystère qui l’entoure depuis cinq siècles. Car la biographie de Shakespeare est une suite de lignes pâles et incertaines qui ne souffrent aucune comparaison avec son œuvre. Depuis des siècles, ce manque de cohérence entre la l’histoire personnelle et l’œuvre intrigue les écrivains, les critiques et les rêveurs de toute sorte qui ont attribué au poète des vies plus intéressantes. (1) Ainsi, Shakespeare n’aurait jamais existé. Il aurait été Christopher Marlowe ou Francis Bacon ou le Comte d’Oxford, ou plusieurs auteurs en même temps. Ces jeux d’érudits mettent en évidence une seule chose : la difficulté de trouver une quelconque vérité littéraire dans une biographie, l’impossibilité de transformer une vie banale en œuvre d’art. Dans The Birthplace, qui est l’une des…

Suspens, Suspense

Faut-il écrire suspense ou suspens ? L’origine de ce mot, qui désigne un état d’attente anxieuse renvoie à ce petit e qui en modifie la prononciation. Avant d’être un effet de style littéraire, le suspens, ou la suspense (on écrivait sospens et sospense, et également suspence), était l’interdiction faite au prêtre de célébrer la messe de manière temporaire. Il était déclaré suspens, ou suspendu des fonctions ecclésiastiques. Selon la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1), s’il persistait malgré sa suspense, le prêtre était déclaré irrégulier. Il y avait aussi une autre acception allant dans le même sens : « Anciennement, charte de suspense, charte royale par laquelle tout procès intenté à une personne absente pour le service ou par les ordres du prince demeurait en surséance jusqu'à son retour». (2) Suspens, employé en tant qu’adjectif, désigne aussi un état émotionnel (la perplexité) ou une qualité du lieu ou de l’atmosphère. Le Trésor de la langue françai…

Les charmes de l'orthographe

La langue écrite est une réalité vivante et changeante. Ceux qui ont appris le français en connaissant déjà une autre langue auront très probablement été frappés par le grand nombre de fautes d’orthographe que l’on trouve dans des textes rédigés par des interlocuteurs francophones, des erreurs que l’on retrouve à tous les niveaux de l’enseignement, de l’école primaire à l’université. À qui revient la faute des fautes d’orthographe et de leur universalité ? À une école en déliquescence tournant le dos au savoir, méprisant la lecture et rognant sur les heures de français, la théorie du « niveau qui baisse » ? La faute reviendrait-elle à l’influence de la télévision, au langage sms ? À un certain laisser-aller éducatif et à des méthodes d’apprentissage de la lecture « globales » ? Probablement tout cela a une certaine influence sur l’apprentissage, mais le problème est bien plus ancien et plus complexe et il dépasse les questions liées à l’école ou à la pédagogie.
A l’origine, il est de…