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La fin du Moyen Âge

"L’Automne du Moyen Age", de Johan Huizinga (1872-1945), est un livre précieux pour dissiper pas mal d’idées reçues sur la période médiévale. Publié en 1919, cet essai développe des thèmes nouveaux de l’Histoire en s’intéressant à l’imaginaire, au corps ou à l’évolution des mentalités. En évoquant la notion de jeu perpétuel, de politesse érigée en principe civilisateur dans une société où la violence déchaînée coexiste avec une sentimentalité impulsive et fantaisiste, l’auteur de "Homo Ludens" dévoile plusieurs éléments essentiels pour comprendre la mentalité médiévale. Il faut que la réalité quotidienne soit ancrée dans un passé mythique, un référent lointain qui accorde au présent le prestige de l’héritage antique, ce qui est un prélude aux idées humanistes des siècles suivants. Car, au départ, il y a l’idée d’une continuité, d’une imbrication profonde des thèmes du bas Moyen Age dans le monde de la Renaissance. Le Moyen Age finissant ne connaît plus la féodalité, l’amour, la religion ou la politique que comme une vaste représentation théâtrale sous forme de vœux, de tournois flamboyants, de cérémonies et d’entrées princières où les images tiennent un grand rôle. C’est une époque où les centres de pouvoir se déplacent vers les grandes villes, où au pouvoir personnel succède celui des partis. Pour exister, le roi ou le duc de Bourgogne doivent mener un train de vie luxueux, faire étalage de richesses concrètes. Ils possèdent l’or, la puissance visible, et ils doivent le montrer. (1) Ils doivent aussi calquer leurs actions sur un idéal éthique (2) dont les origines se trouvent dans la littérature chevaleresque, ou du moins faire semblant. La notion de vie privée n’existe pas encore, et tous les événements de la vie des rois, de la naissance à la mort, sont préparés d’avance et bénéficient d’une large publicité. Tout cela est symbolique, figé, et n‘entretient avec la réalité que des rapports lointains, car le protocole est souvent trop rigide pour être observé (cette étiquette sera néanmoins transmise de siècle en siècle, avec peu de variantes, et on la retrouvera, par exemple en Espagne ou en Autriche, jusqu‘au XIXe siècle). (3) Les différents âges sont enfermés dans un discours narratif aisément lisible, dominé par l‘idée de déclin et l’approche de la mort, dont la mise en scène la plus célèbre sera la danse macabre, motif récurrent dans l‘art de l‘époque, ce motif permettait l‘expression d‘émotions violentes, de l’imagination morbide et de l’attrait du mystère, mais c‘était aussi et avant tout un motif littéraire, délimité par la tradition de l‘allégorie. De la même manière, l’amour courtois évolue à travers le raffinement rhétorique du Roman de la Rose, vers un jeu intellectuel qui prend la défense du plaisir et de la sensualité. L’amour stylisé deviendra l’objet d’interminables querelles de cour. La vie et la mort étaient le canevas du grand spectacle qui était la société européenne du XIVe et du XVe siècles.

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(1) Ernst Kantorowicz, dans "Les deux corps du roi", met en avant l’idée du caractère exceptionnel de la personne royale tout au long du Moyen Age. Cette valeur représentative du corps du roi, considéré à la fois comme individu et comme incarnation du royaume, se traduit par des codes visibles et reconnaissables en public, comme la couleur des vêtements de deuil.

(2) "Bien qu’en réalité le mécanisme du gouvernement eût assumé déjà des formes compliquées, l’imagination populaire se le représente en quelques figures fixes et simples. Les idées politiques courantes sont celles de la ballade et du roman de chevalerie. On divise, pour ainsi dire, les rois en un certain nombre de types, chacun de ceux-ci répondant plus ou moins à un motif littéraire . Le prince noble et juste, le prince mal conseillé, le prince vengeur de l’honneur de sa race, le prince malheureux sauvé par la fidélité des siens." (L’Automne du Moyen Age)
(3) Le rôle des objets et l’usage des différents espaces est révélateur de cette mentalité. Parmi les anecdotes évoquées dans l’essai, celle de la naissance de Marie de Bourgogne nous montre la jeune reine qui vient d’accoucher installée sur un petit lit près de l’âtre, l’enfant se trouve dans une autre pièce, tandis que la chambre royale et l’antichambre sont occupées par des grands lits d’apparat, ornés comme des œuvres d’art…mais vides.

Le texte de Huizinga, Herfsttij der Middeleeuwen,

est disponible en néerlandais sur le site Gutenberg

http://www.gutenberg.org/files/16829/16829-h/16829-h.htm

Je n'ai trouvé aucune version française en ligne, la citation vient de la traduction de J. Bastin publiée aux éditions Payot.
 
18-12-07

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