vendredi 18 juin 2010

Le Livre de Kells

Le livre de Kells, (Book of Kells) est l'une des oeuvres majeures de la culture monastique de l'Irlande médiévale. Ce manuscrit enluminé est une transcription des quatre évangiles, réalisée par les moines irlandais établis dans l'Ile d'Iona, sur la côte écossaise, entre le VIIe et le VIIIe siècle. A l'époque des attaques des Viking, le livre fut transporté au monastère de Kells, où il resta jusqu'au XVIIe siècle ; selon une autre théorie, le manuscrit pourrait tout aussi bien avoir été entièrement rédigé à Kells dans les premières années du IXe siècle. Actuellement, il se trouve dans la bibliothèque du Trinity College de Dublin. Remarquablement bien conservé, le livre de Kells est, comme beaucoup d'oeuvres médiévales, une création collective. Le style des enluminures et de la calligraphie laisse apparaître l'influence des artistes byzantins dans les figures humaines d'une rigidité d'Icône, dotées de grands yeux fixes. Quant aux figures décoratives imbriquées, elles semblent appartenir à une très ancienne tradition celtique. Pour les couleurs, de très nombreux pigments, qu'on ne trouvait pas en Irlande, ont été utilisés. Il semble bien que les moines du VIII ou du IX siècle possédaient une grande culture artistique et technique qui dépassait les frontières de leur île. La décoration du Livre de Kells est riche à l'extrême, et le lecteur-spectateur peut découvrir au fin fond d'un labyrinthe de noeuds, d'un lacis de tiges emmêlées, des curieuses figures d'un bestiaire fantastique. Les artistes médiévaux faisaient appel à leur imagination lorsqu'ils devaient représenter des anges et des dragons, des créatures mythologiques et des animaux exotiques ou familiers (loutres et souris). Le résultat était souvent peu réaliste, mais la notion de réalisme comptait peu face au besoin de cohérence sur le plan esthétique. Dans l'enluminure, tout doit avoir un sens, parce que la page est un monde clos, manifestation de la Création toute entière dans un espace minuscule, à la fois stylisé dans sa beauté géométrique et proche de la nature.
Le sens du sacré quelque peu hiératique, inhérent à l'illustration de figures comme le Christ ou la Vierge à l'enfant, est souvent nuancé par l'apparition de personnages, humains ou animaux, qui semblent évoluer en dehors du thème principal. Mais le Livre de Kells est aussi un livre sur les livres, où l'on voit souvent de lecteurs, ou de personnages tenant un livre dans leurs mains, ce qui rappelle l'importance du texte biblique. On trouve là un trait typique de l'enluminure, qui traverse tout le Moyen Âge : les auteurs aiment les livres, qui étaient à l'époque aussi rares et luxueux que des bijoux, et ils aiment laisser d'eux-mêmes, ou des personnages bibliques, des images qui les montrent en train de lire, d'écrire ou de manipuler de précieux ouvrages.
Il existe d'autres manuscrits, tout aussi somptueux, qui datent de l'époque du Livre de Kells : l'évangéliaire de Lindisfarne, le Livre de Durrow ou le Bestiaire d'Aberdeen, pour ne citer que quelques-uns. Ils ont tous participé à l'histoire de l'art et à celle de l'évangelisation des Îles Britanniques. Aujourd'hui, ces oeuvres nous rappellent encore l'incroyable épanouissement de la culture moyenâgeuse. Suivre des yeux les entrelacs colorés de l'évangeliaire de Lindisfarne ou du Livre de Kells, c'est déjà manifester une certaine ouverture d'esprit ; et la connaissance des manuscrits enluminés représente un pas important vers la compréhension d'une civilisation lointaine. En effet, il serait temps que plus personne n'associe les mots "médiéval" ou "Moyen Age" à des coutumes primitives ou des lois arriérées. Il serait temps que la période médiévale n'évoque plus l'obscurantisme. Les seules ténèbres sont celles de l'ignorance.

28-08-07

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