mardi 31 août 2010

Voies picturales

Il peut être captivant de comparer les chemins artistiques et l’évolution de deux artistes ayant vécu à la même époque, d’explorer les parallélismes, les rencontres et les divergences entre deux figures telles que Pablo Picasso et Paul Klee. Cela signifie aller au-delà des légendes et des images publicitaires, ou saisir quelque chose du contexte et de l’atmosphère liés à l’éclosion de l’art moderne. Le Zentrum Paul Klee à Berne offre précisément, et jusqu’au 26 septembre prochain, la possibilité de voir, dans une même salle, 180 œuvres de Paul et de Pablo, depuis leurs débuts où ils ont travaillé, aussi bien l’un que l’autre, le dessin avec un trait précis, net, jusqu’aux tableaux de leurs dernières années, où les singularités et les références de deux langages picturaux propres se sont entièrement exprimées, en passant par les audaces cubistes et l’exploration des formes abstraites.

L’extraordinaire diversité de l’œuvre de Paul Klee traduit l’évolution de l’histoire de l’art dans la première moitié du XXe siècle. Empreint d’ironie et de mystère, le monde de Klee est, de prime abord, moins accessible que celui de Picasso. Ce dernier montre, tout au long de sa vie, une préférence pour les mises en scène élaborées, et sa mythologie personnelle se nourrit de personnages violents et hauts en couleur comme le minotaure, ainsi que d’ambiances théâtrales, liées au cirque ou à la tauromachie, riches en références à l’histoire et à peinture espagnole. Le personnage, humain ou mythique, prend une place considérable par son attitude et ses gestes. Un tableau de Picasso est toujours un récit, passionné ou tragique. Chez Paul Klee, en revanche, les aspects oniriques et parfois une amertume grinçante prennent le dessus. C’est un paysage de signes, flèches, lettres, lignes en guise d’arbres ou de rivières, un mélange de techniques créant des effets et des nuances inattendus. Ce sont des personnages aux traits et au message qui sont autant d’énigmes, trouvant leur place dans une construction organique, naturelle et poétique à la fois, à côté d’objets et d’indices. L’ensemble est évocateur et polysémique, car il doit trouver plus d’un écho en dehors de l’imaginaire : L’art est à l’image de la Création. Cest un symbole. Tout comme le monde terrestre est un symbole du cosmos (Klee, Théorie de l’art moderne). Et je connais un remède merveilleux à la tristesse : en contemplant indéfiniment Ad Parnassum, je ne regarde jamais le même tableau deux fois.

L’exposition permet d’apprécier les divergences dans les voies esthétiques suivies par deux artistes qui, cependant, se vouaient une admiration réciproque. Le parallélisme est ici davantage celui de l’époque que celui des œuvres, mais il y a aussi des rencontres, des hommages et des ripostes, comme l’Ursch en face du minotaure, comme le peintre mis en scène chez Picasso, par le biais de différents personnages, opposé, chez Paul Klee, à l’observateur ironique et rêveur.

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