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Feu au lac et débuts de roman

Le feu au lac, expression que j’ai toujours trouvée étrange, illustrée par des images hivernales prises à l’aide d’un téléphone portable.




Et, suivant l’excellent exemple du blog de l’Acratopège, d’il y a quelques semaines, je propose aux lecteurs, dans le désordre chronologique, quelques débuts de romans qui me sont chers. Il s’agit de retrouver, pour chaque phrase, le titre et l’auteur. Dans certains cas, il s’agit de romans traduits en français, mais les traductions en question sont suffisamment connues (ce sont tous des textes très connus, par ailleurs) :

1. « Dès le matin, la tête encore tournée contre le mur et avant d’avoir vu, au-dessus des grands rideaux de la fenêtre, de quelle nuance était la raie du jour, je savais déjà le temps qu’il faisait. »

2. « Devant l’arc en plein cintre supporté par des colonnes doubles qui donne accès au couvent de Mariabronn, un châtaignier, fils esseulé du Midi, apporté là jadis par un pèlerin revenu de Rome, dressait tout au bord du chemin son tronc puissant. »

3. « Un simple jeune homme se rendait au plein de l’été, de Hambourg, sa ville natale, à Davos-Platz, dans les Grisons. Il allait en visite pour trois semaines. »

4. « C’était une nuit extraordinaire.
Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l’herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d’or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit. »

5. « Une manière de gent sont/Qui d’estre loial samblant font/Et de si bien conseil celer/Qu’il se covient en aus fier ; /Et quant vient qu’aucuns s’i descuevre/Tant qu’il sevent l’amour et l’uevre/ Si l’espandent par le païs/Puis en font leur gas et leur ris. »

6. « Je sortais d’un théâtre où tous les soirs je paraissais aux avant-scènes en grande tenue de soupirant. Quelquefois, tout était plein, quelquefois, tout était vide. Peu m’importait d’arrêter mes regards sur un parterre peuplé seulement d’une trentaine d’amateurs forcés, sur des loges garnies de bonnets ou de toilettes surannées, - ou bien de faire partie d’une salle animée et frémissante, couronnée à tous ses étages de toilettes fleuries, de bijoux étincelants et de visages radieux. »

7. « Mais, quand j’aurai pris l’héroïque peine de transcrire cette histoire à partir de ce manuscrit tout raturé et délavé, et que je lui aurai, comme on dit, fait voir la lumière, se trouvera-t-il quelqu’un pour prendre la peine de le lire jusqu’au bout ? »


8. « Je me trouvais ce matin, 16 octobre 1832, à San Pietro in Montorio, sur le mont Janicule, à Rome, il faisait un soleil magnifique. Un léger vent de sirocco à peine sensible faisait flotter quelques petits nuages blancs au-dessus du mont Albano, une chaleur délicieuse régnait dans l’air, j’étais heureux de vivre. »

Commentaires

  1. Il y a bien le feu au desuus du lac avec ces belles photos.

    N° 8 : La montagne magique de Thomas Mann?

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  2. Il y a bien "Der Zauberberg", mais ce n'est pas le n° 8 ;-)

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  3. Mais vous avez changé les numéros? Je voulais dire le numéro 3.

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  4. Et le n° 8 Stendhal "La vie de Henri Brulard" là j'en suis sûre car j'aime ce passsage :

    "[...] je devrais écrire ma vie [...]
    Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi! Il y a de quoi donner de l'humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent près, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes.
    [...]
    On pourrait écrire, il est vrai, en se servant de la troisième personne, "il" fit, "il" dit. Oui, mais comment rendre compte des mouvements intérieurs de l'âme?"

    (Comme j'aime cette phrase)

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  5. Oui, pour les deux!

    Donc: n°3 Thomas Mann "La Montagne magique"

    n°8 Stendhal "Vie de Henri Brulard"

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