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Articles

Affichage des articles du mars, 2011

La vie mauve

C’est un saupoudrage de souvenirs, à l’origine. Il y avait les couleurs vues et reconnues, mais aussi autre chose, des tonalités qui n’existaient que sous une certaine lumière, celle des réverbères qui changeaient le bleu en mauve, celle du ciel avant l’orage, celle de la poussière sur les vitres légèrement opalescentes d’une serre, des nuances associées à un son ou une senteur, voire à des mots. Il y avait aussi les couleurs impossibles : celles des bulles de savon, celles du nacre, qui avaient une réalité tangible pour moi, avant de connaître le sens d’iridescence. La couleur qui change selon le point de vue de l’observateur me paraissait quelque chose d’improbable et de fascinant. Plus tard, j’ai retrouvé cette qualité si présente (mais inexistante, au fond) dans la célèbre phrase de Flaubert : « Dans Salammbô, j’ai voulu donner l’impression de la couleur jaune. Dans Madame Bovary, j’ai voulu faire quelque chose qui fût de la couleur de ces moisissures de coins où il y a des clopor…

Segantini à Bâle

Si j’avais une exposition à conseiller aux amateurs de paysages austères, d’illuminations vespérales et de clartés lunaires en cette saison, ce serait bien celle que la fondation Beyeler dédie à Giovanni Segantini (1858-1899). Figure marquante du divisionnisme (proche du pointillisme), artiste reconnu et célèbre à son époque, Segantini a rarement fait l’objet de rétrospectives au cours des dernières années (une exposition à la National Gallery de Londres, en 2008, a présenté certaines de ses œuvres à côté de celles d’autres peintres divisionnistes). Et pourtant, cette œuvre mérite d’être plus largement diffusée, car elle offre de nombreux aspects originaux allant au-delà d’une peinture « de genre » montagnard.
Perspectives

Le lieu presque unique de l’œuvre de Segantini, malgré quelques exceptions milanaises, est le paysage agreste des Grisons où l’artiste avait fixé sa résidence. Que ce soit dans une prairie entouré de cimes blanches ou sur une route traversant une plaine, le regard se…

Con vista sul lago

Pour continuer les fils des réflexions et envies lacustres de ces derniers temps, dans l'ordre : lac de Côme, lac de Garde, lagune vénitienne.








A la demande de R****, j'ajoute une petite photo masquée

Ajout du 15 mars: Là, ce ne sont pas des scènes lacustres et ce n'est pas en Italie, mais le contraste entre les différentes formes de bleu me plaît.



Sur un ancien dresseur de pierres

Au-delà de la nostalgie que peut inspirer un jardin créé il y a quelques siècles, au-delà de l’impression d’harmonie spontanée et coulant de source qu’il offre au promeneur, quelques textes, certains très anciens, posent les bases d’une architecture végétale bien structurée mais aux développements imprévisibles, mêlant technique picturale, référence spirituelle et soucis pratiques, mettant ainsi en évidence le caractère polysémique du jardin. Parmi ces ouvrages, le Traité du jardin (园冶)Yenyuan de Ji Cheng est probablement le meilleur exemple de réflexion sur le sens du paysage et sur l’importance des éléments naturels déjà sur place. Dans les dernières années de l’ère Ming, Ji conçoit au moins trois jardins (dont un très célèbre à l’époque, pour un certain Zheng Yuanxun) en tant que maître-jardinier dresseur de pierres. Sa carrière semble avoir été brève, à peine une dizaine d’années, avec probablement une situation financière peu brillante. Son traité, publié sous les auspices de Rua…