jeudi 30 juin 2011

Coups de foudre

Parce que je m’intéressais au Japon, il s’est mis à lire des romans japonais. Naturellement, il est tombé tout de suite sur certains titres très connus que je ne connaissais pas. C’est ainsi, dans cette ambiance de sérendipité, que j’ai entamé la lecture des Amants du Spoutnik, de Haruki Murakami. L’intrigue ? Un triangle amoureux tout en mélancolie et délicatesse. Le narrateur aime Sumire, sa meilleure amie, apprentie écrivain, qui aime Miu, une femme plus âgée qu’elle et brisée par un étrange accident. Ils vont se perdre et se retrouver au Japon, puis en Italie et en Grèce. Au-delà de ces rencontres, il y a la question, insondable et insoluble, de la solitude, tantôt présentée comme un état désirable, tantôt signifiant une impossibilité de communiquer une quelconque émotion (bien que les chats, toujours présents dans les romans de Murakami, puissent devenir d’excellents messagers).

La solitude est celle des habitants des grandes villes, étrangers parfois à leur propre famille, voyageurs décalés, et pas seulement par rapport aux fuseaux horaires. Mais les gens solitaires tombent amoureux aussi, ce qui ne les empêche guère de disparaître de temps en temps en emportant tous leurs mystères avec eux, disparitions trop oniriques pour être inquiétantes, inscrites pourtant dans une certaine normalité, avec tous leurs inconvénients pratiques. Dans cet absurde tout à fait vraisemblable, ce qui me paraît particulièrement fascinant chez les Amants, c’est la facilité avec laquelle on finit par suivre la trace des personnages, afin de trouver la bifurcation, la faille dans la routine, et on voudrait, à la fin du récit, continuer à explorer leurs labyrinthes et en chercher les sorties (des portes chinoises?). Ce sont probablement les effets d’un style net, faisant l’économie du superflu, où le monologue ne dérive jamais en brouillage sentimental,  où la place du non-dit n’est pas usurpée et les détails du décor semblent toujours nécessaires, comme l’île grecque  réduite à des traits très simples  mais indispensables à une certaine initiation.   

Et, trace de mes promenades sur le Web, cette phrase qui m’a profondément émue hier, bien qu’elle n’ait aucun lien avec mon sujet. Quoique…

Je ne risque rien. Les ruines, c’est indestructible. (Merci au forum Nota Bene)

Haruki Murakami, Les Amants du Spoutnik, Belfond Etranger, 2003

mardi 14 juin 2011

Sens baroques

En regardant aujourd’hui l’exposition dédiée aux collections princières du Liechtenstein, la plus importante collection privée européenne issue du musée viennois de même nom, qui se tient au Palais Lumière d’Évian jusqu’au 2 octobre, je m’interroge sur le rôle des sens dans la peinture baroque. Une touche de couleur particulière me hante souvent, dans un tableau, mais elle me rappelle également un certain bruit, une certaine texture. Là, les curiosités chromatiques se multiplient, comme la nuance orange d’un papillon émergeant de l’obscurité, ou les différents tons noirs dans un portrait de Van Dyck, d’où surgit souvent un regard intense et très peu accordé à la simplicité de la tenue.

Mythologie, portrait, paysage, l’âge baroque sait mélanger les genres avec bonheur ;  dans une même scène se croisent animaux exotiques, étoffes chatoyantes, fruits hyperréalistes. La musique se joue en plein air et les ateliers de peintre sont des prétextes pour des mises en abyme. Le tout suggère des correspondances sensorielles, lorsque la justesse des clairs-obscurs annonce le parfum des roses, la saveur du raisin ou le glissement d’une luge sur une rivière glacée. La présence des sens se trouve aussi dans la recherche de nouvelles surfaces et textures. C’est ainsi que les tables et cabinets en pierre dure, de tradition florentine, voisinent avec les émaux et avec l’éclat cuivré des miniatures serties dans des meubles-cadres.  Envahissant l’espace en diagonal, les pesanteurs s’envolent, évoquant les métamorphoses et les significations cachées, telle la fenêtre qui se reflète sur le vase, rencontre de deux éléments translucides, dans une nature morte de Cornelis Kick, ou les différents vêtements qui ondoient en vagues de couleur, comme chez Rubens.

Un des points intéressants de cette exposition, à mon avis, est la comparaison qui peut être faite entre la peinture baroque et les œuvres de la période Biedermeier. On y retrouve, pour ces dernières, le goût des objets luxueux, des couleurs vives, mais les figures sont bien plus sages, la tragédie s’est éteinte à la fin du XVIIe siècle et les scènes deviennent davantage figées dans l’idylle, avec une préférence marquée pour le ravissant dépourvu de tout effet théâtral. Sans les excès somptueux qui font tout le charme du style baroque, elles anticipent ce que deviendra la photographie quelques décennies plus tard.   


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Paul Delvaux, maître du rêve

Paul Delvaux, maître du rêve . Évian, Palais Lumière. Du samedi 01 juillet au dimanche 01 octobre 2017 Le maître du rêve, tel est ...