jeudi 28 juillet 2011

Garenne énigmatique

Les grandes vacances sont un moment privilégié pour la lecture, mais cette année j’ai préféré vous proposer un jeu de nature différente. Il ne s’agira pas de trouver les auteurs d’une collection de débuts de roman, mais une citation littéraire cachée dans la garenne ci-dessous. Avec les pistes suivantes :

-La citation est en anglais
-Elle n’a aucun rapport avec des lapins
-Elle est tirée d'un roman et a un peu plus d’un siècle


Saurez-vous la reconnaître?

Et deux photos pour patienter entre les suites. Je ne dirai pas où la première a été prise... Quant à la seconde, c'est la première fois que je vois un rayon vert sur le lac.





Et celle-ci?


L'Officina farmaceutica di Santa Maria Novella




jeudi 7 juillet 2011

Lignes de fuite

La chambre noire de Damoclès

Un homme terne, dépourvu de passé et d’avenir, s’ennuie dans son bureau de tabac, dans une bourgade près d’Amsterdam. Son physique particulier semble l’avoir condamné à rester pour toujours rattaché à l’enfance, entre une mère  délirante et une cousine dominatrice qu’il a eu la mauvaise idée d’épouser. Tout va donc pour le pire pour Henri Osewoudt, avant que la Seconde guerre mondiale n’éclate et ne l’envoie vers de rivages inconnus. Aux premiers jours de la guerre, un dénommé Dorbeck se rend à la boutique pour commander un tirage de photographies. Henri accepte, intrigué par ce personnage qui lui ressemble extraordinairement, mais avec un côté héroïque en plus. Car Dorbeck ne tarde pas à revenir et à confier à Henri des missions, parfois très dangereuses, pour le compte de son réseau de résistants. Pour Henri, qui n’éprouve aucune motivation patriotique, mais une fascination sans limites envers cet ami insaisissable, le moment est venu de changer de vie.

La chambre noire de Damoclès, l’une des œuvres de Willem Frederik Hermans a avoir été de nouveau traduite en français il y a quelques années, nous offre une fugue ponctuée d’épisodes surréalistes, où le doute tient lieu de suspense, où des agents (simples ? doubles ?) portent sur eux des photographies anodines qui leur servent de codes, où la frontière entre la maladresse et le mensonge s’estompe progressivement. Il y a là certes des ingrédients classiques du récit d’espionnage, mais aussi une drôle d’enquête en guise de fil conducteur qui n’est pas sans rappeler certains récits d’Edgar Poe dans le mélange d’étrangeté et d’humour noir : Dorbeck n’existerait-il qu’en tant que double imaginaire et flamboyant du falot Osewoudt, qui échapperait ainsi au néant, mais hériterait des trahisons de son mentor ? Ou serait-ce plutôt l’inverse ? Au cœur du mystère, on retrouve encore une fois des clichés développés dans la chambre noire, parfois abîmés par un travail bâclé, invisibles souvent, indéchiffrables toujours, sans oublier la Leica d’Osewoudt, véritable Macguffin.

La chambre noire met en scène le vertige de l’incertitude lorsque la morale se dissout rapidement dans le chaos et le manque de fiabilité, tandis qu’un monde aux règles nouvelles s’installe, soutenu par un changement constant de décors, de rythmes, de personnages interchangeables qui multiplient les allers et retours. Car le roman est construit sur fond de géographie urbaine bouleversée, il s’insère dans une sorte de mouvement perpétuel, évoqué par le biais des nombreuses scènes qui ont lieu dans les trains ou les tramways, véritables lignes de fuite convergeant vers un horizon improbable.

Willem Frederik Hermans, La chambre noire de Damoclès, roman traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Gallimard 2006 

Publicité

Les Vaisseaux frères

à propos de Les Vaisseaux frères , de Tahmima Anam Un monologue d'apparence anodine, centré sur la possibilité de revoir un amo...