vendredi 23 décembre 2011

Apparition & Disparition

Le récit d’une perturbation dans les routines quotidiennes d’un homme seul nous emmène très probablement vers une réflexion sur les conséquences de l’oubli. Shimura ne reçoit jamais de visites, mais ses objets personnels sont déplacés en son absence, tandis que des aliments sont prélevés dans son frigidaire presque chaque jour. Afin de résoudre cette énigme, Shimura place une webcam dans sa cuisine qu’il peut surveiller depuis don travail. Il finira par apprendre qu’une femme vit chez lui à son insu depuis un an. Reste à savoir comment et pourquoi.

En lisant le roman d’Eric Faye Nagasaki, je ne peux que penser aux effets inattendus d’une amnésie, voulue ou non, d’une destruction de pans entiers du passé communément acceptée, qui trouverait cependant de curieuses résistances. La modernité, l’histoire, la solitude, la crise économique, voire les allusions littéraires empreintes d’étrangeté (un récit d’Edogawa Ranpo,  « La Chaise humaine » où  un homme vivrait à l’intérieur d’un canapé), se laissent explorer et dérouler comme un écheveau de vraies-fausses pistes qui mènent à des conclusions rassurantes sans en finir totalement avec le mystère. Parce que le mystère découle à la fois de l’inattention et d’une observation excessive. Comme si tout était possible dès qu’on détourne le regard, comme si la vraie invisibilité partait d’une volonté de ne pas être vu. Et, paradoxalement, ce sont précisément ceux qui cherchent à se faire oublier avec la plus grande ardeur  qui finissent par sortir de l’oubli, comme dans « Les Lumières fossiles », un autre récit d’Eric Faye où il est question de la disparition d’une jeune femme, qui met en lumière une vie indéchiffrable à laquelle l’un de ses anciens voisins finit par s’intéresser.

S’interroger sur l’oubli signifie explorer les contours de l’image de soi, du faux et des apparences. Le glissement vers des traits de la littérature fantastique n’est pas donc surprenant, dès qu’on aborde les clairs-obscurs de l’identité.




Nagasaki, d'Eric Faye, Stock 2010   


Ajout du 31 décembre à 23heures


Blanchon et moi souhaitons une excellente année 2012 à tous les lecteurs de ce blog :-)  



lundi 12 décembre 2011

Myriade et Microcosme

Personne ne sait à quoi ressemblent en réalité les villes, car les livres et les cartes postales entretiennent sans cesse le mythe romantique des ruines, des lieux solitaires propices à la méditation. Il n’y a jamais personne, dans cet imaginaire façonné par des iconographies anciennes et nouvelles. Et, pourtant, qui s’est jamais promené seul à Venise, avec ou sans carnaval, avec ou sans Acqua alta ? (il paraît qu’avec l’acqua alta c’est encore pire en ce qui concerne la foule). (1) La qualité, la texture des foules est un sujet rarement évoqué dans la description d’une ville. C’est peut-être le côté insaisissable des myriades urbaines qui ne laisse guère le temps aux idées reçues de s’y installer. Mais une réalité mouvante peut être dite autrement, par exemple, en libérant des souvenirs personnels du microcosme d’un quartier shanghaien. C’est  la démarche de Wang Anyi dans A la recherche de Shanghai, essai sur l’évolution de la ville où il est avant tout question de ses habitants.

En tant qu’interprétation personnelle, sensuelle et chatoyante, la vision de l’auteur s’attache aux changements, infimes mais constants, entraînés par le passage des saisons, par une promiscuité forcée dans des ruelles aux arrière-boutiques sombres et aux immeubles qu’on devine sur le point de s’écrouler. La vie shanghaienne du passé et du présent est frugale, avec toutefois des aspects complexes ; ces derniers (la situation politique, les guerres, les modes) se manifestent souvent de manière indirecte, mais réussissent à modeler les rapports de voisinage, l’urbanisme ou la pratique de différents métiers. Shanghai est en même temps unique est multiple, aux visages contrastés de la modernité vient s’ajouter l’ancienne rivalité avec Pékin, centre de la pensée  et de la culture, tandis que Shanghai est traditionnellement considérée comme une cité où l’on fait des affaires, aux attitudes davantage pratiques.

On comprendra que cette recherche de Shanghai doit peu aux livres d’histoire, et beaucoup à l’observation, à la mémoire, et à l’univers du conte, qui permet de déployer des caractères shanghaiens emblématiques et des histoires exemplaires. Aussi, je ne résiste pas à inclure un extrait, représentatif pour moi de cette vision  à la fois distanciée et intime de la métropole chinoise, donnant à la complexité du monde sa juste place, parfois encombrante, parfois réduite à un écho à peine perceptible dans l’éternel bruit de la foule.

Au contraire, les jours d’orage, l’averse violente mène grand tapage. Les gens paradoxalement détendus poussent des cris de frayeur exagérés en regardant les éclairs par les fenêtres. On dirait que ces éclairs transpercent l’écran des immeubles, et toutes les fenêtres s’ouvrent au même instant dans un grand tintamarre. La ville entière devient transparente, la nuit s’étend, prend de l’ampleur. Il arrive qu’un coup de sifflet retentisse au cœur de la nuit. Venu on ne sait d’où, il annonce le départ d’un train ou d’un bateau. On prend conscience, à ce moment-là, de l’étendue de la cité qui englobe des lieux si éloignés. Des pensées vagabondes surgissent alors dans l’obscurité de la nuit.

A la recherche de Shanghai, de Wang Anyi, Editions Philippe Picquier

(1)   Moi, je l’ai fait, mais je ne dirai pas où à Venise ;-)    

dimanche 11 décembre 2011

Premières neiges

Une série d'images prises dans divers endroits du Valais ce week-end, avec d'infinies nuances blanches.

Crans-Montana

Nendaz
Binii- Savièse


Veysonnaz

Sion depuis Brignon

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Paul Delvaux, maître du rêve

Paul Delvaux, maître du rêve . Évian, Palais Lumière. Du samedi 01 juillet au dimanche 01 octobre 2017 Le maître du rêve, tel est ...