lundi 23 juillet 2012

Lectures d’été : Le Métronome, Le Goût de Tokyo

Cet obstacle franchi, on entre dans le passé. Un escalier noir glisse par degrés dans les profondeurs de l’antique carrière. En descendant les marches, on croit remonter les siècles !

Je continue de m’intéresser aux livres qui évoquent le passé et le présent des villes, parfois simultanément et sans que la nécessaire complexité de la recherche historique nous enlève le goût de la promenade et l’envie de croiser le petit détail qui était là, juste sous nos yeux depuis des siècles. C’est ainsi que la forme originale du Métronome de Lorànt Deutsch me paraît particulièrement bien choisie. Le principe est d’ailleurs assez simple : un voyage à travers les stations de métro de Paris devient le point de départ d’épisodes importants de l’histoire de la ville. À chaque station correspond un fragment du passé, qu’il soit gallo-romain ou franc, médiéval ou moderne. De cette manière, on découvre, entre autres, que la première cathédrale de Paris se trouve cachée sous un parking, surmonté à son tour par une copropriété, que la station de Saint-Martin, fermée depuis 1939 sert de lieu d’accueil pour sans-abri pendant les grands froids, que le dernier cachot de la Bastille était devenu la cave d’un bistrot, remplacé depuis par un restaurant coréen… Les différents visages de Paris apparaissent et disparaissent au coin des rues, les différentes strates de ruines s’empilent, se mélangent ou s’écroulent, on construit et on démolit, car la ville croît toujours sur un même socle ancien, se développant avec un mouvement centrifuge, et l’architecture est un bon fil pour nous guider dans le labyrinthe de l’histoire. Du souvenir de Sainte Geneviève aux improbables héritiers mérovingiens, des transformations successives du Louvre aux ignobles saccages de la Révolution et de la Terreur,  des théâtres du XVIIe siècle, au « boulevard du Crime », des donjons moyenâgeux à l’architecture contemporaine, Paris est une ville-récit qui permet de nombreuses lectures.

Lorànt Deutsch, Métronome, Michel Lafon, 2009

Le Goût de Tokyo

Et une autre grande ville, moins belle, selon certains goûts, mais plus paradoxale que Paris, devenue capitale du Japon en 1863 à la place de la capitale historique Kyoto, marquée dès le début par les bouleversements liés à la modernisation du pays. Dans ce petit ouvrage, Tokyo apparaît, indifféremment sous le regard de voyageurs étrangers ou d’écrivains japonais, comme un lieu propice aux coexistences multiples. Organisés en 29 chapitres très brefs, parfois cela tient en seulement une page et demie, des extraits d’essais, de romans ou d’articles de presse offrent des perspectives d’une ville tentaculaire où tout est surprenant, à commencer par son architecture désordonnée, la fois démesurée et fragile, toujours soumise aux séismes, qui peuvent faire disparaître des quartiers entiers du jour au lendemain, comme en 1923, sans oublier les destructions dues à la guerre. Mais il y a aussi des aspects de la société japonaise qui fascinent les visiteurs, comme la publicité omniprésente (dans un texte du début du XXe siècle !), les Love-Hotels, les quartiers dédiés au shopping, le bruit. Tokyo n’a pas eu, comme les villes européennes, une croissance depuis un centre, et cela semble influencer ceux qui découvrent avec surprise qu’il y a des villages à l’intérieur de la ville, que l’on peut s’y perdre dans les ruelles ou flâner dans les petits marchés non loin des immenses quartiers d’affaires, que le désordre urbanistique est aussi synonyme de liberté. Le contraste des architectures, des styles et rythmes de vie semble être la caractéristique principale de Tokyo, des contrastes qui résistent aux modes passagères, comme des petits gouffres temporels disséminés dans une carte où l’on peut facilement disparaître.

Le goût de Tokyo. Textes choisis et présentés par Michaël Ferrier. Mercure de France, 2008  

lundi 16 juillet 2012

Interlude: dessin & photos

Lièvre et Fibonacci


Anzère en été


Forêt à Arolla






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