mardi 30 avril 2013

Éloge du remplaçant


Personne n’aime se dire qu’il remplace un autre. Il s’agit du rôle ingrat par excellence. En prenant la place de l’absent, on s’attend à des comparaisons peu flatteuses, à des regrets plus ou moins exprimés. D’ailleurs, l’unique est habituellement accolé à l’irremplaçable. Et pourtant… Ce qui rend le remplaçant exceptionnel, c’est qu’il est à la fois l’absent et le présent, l’actuel dépassant le passé, le mal-aimé et celui qui mérite d’être connu. Ce qui rend le remplaçant singulier est paradoxalement son caractère remplaçable, incarnant ainsi la conscience de l’éphémère, de la panne, de l’imprévisible et de la fin d’une phase. Le remplaçant représente un temps qui n’est jamais mort, une bifurcation vers toutes les possibilités attrayantes et effrayantes de l’avenir. Le remplaçant est un conquérant qui s’ignore, mais un individualiste qui s’impose, car il possède le pouvoir inouï de tracer les frontières du deuil.

Texte très personnel et, je suppose, passablement obscur, manuscrit trouvé dans une poche, écrit dans le train au dos d’un ticket de caisse.

15-12-2012

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