Accéder au contenu principal

Impressionen der kalten Jahreszeit

Avec vue sur la montagne
Saisons froides, paysages glacés tout en angles et arêtes, où le regard glisse pourtant avec une curieuse fluidité ; lumières pâles, chatoyantes ou bleutées, éclairant des vallées de solitude. La montagne comme sujet pictural, ou généralement artistique, offre un nombre inépuisable de variantes, de possibilités stylistiques et techniques traversant les âges et les modes.  La montagne se prête à tout : à l’affiche et à la carte postale, au réalisme et à l’abstraction, à l’image d’une nature aussi parfaite et émouvante que dangereuse et hostile. On peut y trouver tous les clichés, mais aussi toutes les surprises.
 De la représentation de grandeur à celle du vide, du souci extrême du détail à la perspective esquissée en quelques traits, l’univers montagnard est toujours reconnaissable et jamais ennuyeux. La saison hivernale y ajoute une dimension chromatique particulière. C’est la découverte d’un nombre quasi infini de nuances de blanc, de brun et de gris, mais pas seulement. La recherche de la transparence, qui est un vrai défi en peinture, admet toutes les tonalités et variations de lumière. Des scènes dont la couleur change avec le reflet du ciel sur l’eau et sur la neige. L’hiver rappelle la dureté de la glace, l’immobilité et le silence, mais aussi le temps qui passe, et qui donne l’impression de s’écouler plus lentement. Et c’est à des Impressions de la saison froide que la Bromer Art Collection, musée-galerie original et accueillant, situé à Roggwil, au fond de la campagne bernoise, près de Langenthal, dédie son exposition actuelle.
Une partie des tableaux présentés appartient à la collection du musée, qui met l’accent sur la peinture inspirée du paysage suisse, sans négliger cependant d’autres thèmes, avec des œuvres allant du XVIIIe au XXe siècle, complétée par des productions d’artistes d’aujourd’hui. À travers les œuvres se dessine également une mémoire du paysage montagnard, dont l’aspect a beaucoup changé en deux siècles. Mais le point fort de l’exposition est une sélection d’œuvres de trois plasticiens contemporains suisses, Frederic Stöckli, Korinna C. Baer et Fredy Schaffner, qui, avec des techniques très différentes, évoquent le caractère unique de la montagne  hivernale. Les tableaux de de F. Stöckli nous montrent des formes qui apparaissent –ou disparaissent- dans un brouillard doux, dans des tons clairs pour les pastels et les aquarelles, ou dans de nombreuses nuances de gris. Korinna C. Baer présente, entre autres, des collages, où le relief est suggéré par les plis du papier, qui, froissé, fait penser à un terrain accidenté, accrochant la lumière. Les œuvres de F. Schaffner offrent des couleurs fraîches, une belle palette de bleus et des perspectives  lointaines qui adoucissent les contours des cimes. Les trois artistes s’inscrivent d’ailleurs très bien dans l’esprit de la collection, et dans le thème de l’exposition précédente, consacrée à Clara Porges, (1879 – 1963), dont l’œuvre mérite absolument d’être redécouverte.
Impressionen der kalten Jahreszeit, avec Frederic Stöckli, Korinna C. Baer et Fredy Schaffner, exposition du 02-11 jusqu‘au 22-12 2013 à la Bromer Art Collection, http://bromerartcollection.com
publié le 12 novembre 2013
Fredy Schaffner *1956 "Bättlihorn" Öl auf Leinwand  79 x 90 cm. Image : Bromer Art Collection


Clara Porges 1879 – 1963, Luganer See Richtung Porlezza (um 1940).  Image : Bromer Art Collection

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Suspens, Suspense

Faut-il écrire suspense ou suspens ? L’origine de ce mot, qui désigne un état d’attente anxieuse renvoie à ce petit e qui en modifie la prononciation. Avant d’être un effet de style littéraire, le suspens, ou la suspense (on écrivait sospens et sospense, et également suspence), était l’interdiction faite au prêtre de célébrer la messe de manière temporaire. Il était déclaré suspens, ou suspendu des fonctions ecclésiastiques. Selon la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1), s’il persistait malgré sa suspense, le prêtre était déclaré irrégulier. Il y avait aussi une autre acception allant dans le même sens : « Anciennement, charte de suspense, charte royale par laquelle tout procès intenté à une personne absente pour le service ou par les ordres du prince demeurait en surséance jusqu'à son retour». (2) Suspens, employé en tant qu’adjectif, désigne aussi un état émotionnel (la perplexité) ou une qualité du lieu ou de l’atmosphère. Le Trésor de la langue françai…

Art des natures mortes

Un récent billet de ce blog évoquant certaines des caractéristiques de ce genre pictural m’a donné le désir d’approfondir quelque peu le sujet de la nature morte. Le sujet est très ancien, -présent déjà à l’époque hellénistique et romaine, visible encore dans des mosaïques et des fresques -, il existe également des témoignages d’autres représentations d’aliments et d’objets inanimés ; ainsi, Pline l’Ancien raconte l’histoire des raisins peints par Zeuxis, de manière tellement réaliste que les oiseaux viennent les becqueter, mais aucune de ces œuvres n’a été conservée- ₁. Ainsi, depuis l’Antiquité, le réalisme minutieux et l’évocation de la vie quotidienne sont deux traits essentiels des natures mortes. Dans le contexte antique, la nature et la nourriture évoquaient la richesse, l’hospitalité d’une maison ou le passage des saisons.


Toutefois, l’histoire de la nature morte, telle qu’on la connaît depuis quelques siècles, se déroule parallèlement à celle de la peinture sur chevalet. L’exp…

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli
   Conservé au musée napolitain de Capodimonte, le portrait du mathématicien Luca Pacioli (1445-1514), peint vers 1500 et attribuée à Jacopo de' Barbari est à plus d'un titre étonnant. Rares sont les données sûres sur ses origines, son auteur ou la date probable d'exécution. Seule la signature, inscrite dans le décor sous la forme d'un petit papier plié, le « cartiglio », où se pose une mouche, mentionne « Jaco.Bar. Vigen 1495 ». Nul ne sait si cette inscription fait allusion à l'auteur ou au commanditaire (Ludovic Sforza, en ce temps-là duc de Bari). La toile apparaît pour la première fois en 1631, dans un inventaire des collections du palais ducal d' Urbino, sans autre information concernant son acquisition. Ensuite, quelques données sur sa destination ultérieure, d'Urbino à Naples en passant par Florence, au gré des héritages.
   Le savant, vêtu de l'habit franciscain, se tient au centre d…