mardi 30 septembre 2014

Portraits

Sarah 

Roger

Jean-Louis


Ariadna

Crayon sur papier, Inma Abbet, 2014

mardi 23 septembre 2014

L'Ami barbare

À propos de l’Ami barbare, de Jean-Michel Olivier


Les funérailles de Roman Dragomir sont l'endroit où se croisent tous ceux qui ont joué un rôle dans la vie de ce Serbe indocile, amateur de livres, de football et de liberté, de Belgrade à Lausanne, en passant par Trieste et Paris. Ce dernier rendez-vous, célébré selon le rite orthodoxe, est regardé par le défunt qui, depuis son particulier au-delà, salue  chaque personnage, qu’il soit frère, ami ou ennemi littéraire venant lui dire adieu, avec une bienveillance malicieuse. De son point de vue, tout est révolu et présent en même temps. Et les proches, à leur tour, évoquent la vie aventureuse de Roman, à la deuxième personne, en commençant par son enfance à Belgrade dans les années 1930, un temps dont le petit frère, Milan, a gardé des souvenirs doux-amers. Les trois frères Dragomir, qui portaient des prénoms de villes italiennes, comme une anticipation de l’exil, menaient une vie insouciante et rebelle, impatients de devenir adultes, et la ville était leur terrain de jeux. La Seconde Guerre mondiale détruit brutalement tous leurs repères, lorsque le frère aîné, Luca, est assassiné par les Allemands. Pendant la période d’après-guerre, le régime communiste en Yougoslavie devient de plus en plus oppressant, le père de Roman est emprisonné, et l’adolescent trouve une tanière idéale et un point de fuite auprès de la bibliothécaire Natalia Kostelic, dans les infinies possibilités des mondes d’encre et de papier. Ce n’est qu’après l’arrestation de cette dernière et le saccage de son magasin que Roman décide de quitter son pays pour un ailleurs où il sera toujours un barbare venu de l’Est. Le barbare est celui qui parle une autre langue, l’adjectif est néanmoins ambigu, parce qu'il fait autant allusion à la sauvagerie qu’à une sorte d'irrésistible impulsion, à une énergie entraînante. À Trieste, première escale de son errance, il fait la connaissance de Johanna, jeune libraire juive dont il tombe amoureux. Mais les femmes, dans l’univers de Roman, fait de particules littéraires qui se télescopent rarement, restent lointaines et inconnaissables, gardent des secrets pendant des décennies, affectionnent le silence et ne parviennent pas à tutoyer leur amant, établissant ainsi une frontière subtile. Rien n’est figé ou déterminé d’avance, les vies se réinventent et l’Italie sera une étape avant la Suisse, où Roman deviendra éditeur  et ami d’écrivains, toujours entouré de livres, passionné par le football, une forme de communication dépassant les langues et les cultures. Il reste néanmoins pour les autres un étranger en situation d’éternel décalage, confronté à l’étroitesse d’esprit des uns, à la pensée unique des autres, ceux qui sont persuadés d’être dans le camp du bien.

La perspective de Roman est celle d’un témoin de plusieurs époques, d’un observateur de l’absurdité des agitations révolutionnaires, car, après la guerre et le communisme, on revisite avec lui  Mai 68, la chute du Mur de Berlin ou la guerre de Yougoslavie. Inspiré par la vie de  Vladimir Dimitrjevic (1934-2011), fondateur des éditions L’Âge d’Homme, L’Ami barbare est un récit où le tragique côtoie une certaine légèreté, où l’on évoque aussi bien les villes en ruines que les jardins dédiés aux poètes, ou les lieux qui ont façonné la vie culturelle lausannoise, comme le bar à café justement nommé Le Barbare.




L’Ami barbare, de Jean-Michel Olivier. Editions de Fallois/ L’Âge d’Homme, 2014

mardi 16 septembre 2014

La Théorie des cordes

À propos de La Théorie des cordes, de José Carlos Somoza

    Une expérience inédite, destinée à explorer les dimensions des « cordes du temps » projette un groupe de scientifiques dans un cauchemar qui les atteint bien au-delà du monde de la physique théorique. Lorsqu’Elisa Robledo est engagée par une obscure organisation gouvernementale pour prendre part à des recherches basées sur la théorie des cordes et destinées à visualiser et enregistrer des images de temps anciens, la jeune physicienne est loin d’imaginer les répercussions de son travail et de celui de ses collègues. Isolée dans un improbable laboratoire situé dans une île de l’océan Indien, l’équipe menée par le professeur Blanes fait des découvertes étonnantes, observe l’ère Jurassique ou la Jérusalem de l’époque du Christ, mais la promiscuité et les conditions particulières du séjour révèlent des antipathies et des tensions parmi les chercheurs. Le fait qu’ils ne connaissent pas les implications politiques du projet ou ses applications possibles dans le domaine militaire contribue à installer une ambiance de peur et de soupçon, où chacun se sent surveillé et sur le point d’être trahi. L’expérimentation se termine brutalement par un accident, qui mène à la dispersion du groupe et, pour Elisa, à un travail beaucoup moins risqué dans une université madrilène. Dix ans plus tard, le projet autrefois appelé « zigzag » hante toujours sa vie quotidienne et semble ne pas avoir pris fin. Quelqu’un, ou quelque chose, contrôle ses désirs et ses pensées. Aussi, ses anciens collègues sont victimes d’agressions inexplicables, et plusieurs en meurent. À l’aide du professeur Blanes et de son ami Victor, Elisa essaie de joindre les scientifiques survivants et de comprendre ce qui est réellement arrivé sur l’île.

     Ce roman, qui mêle des éléments de thriller et de science-fiction assez convenus, comme des filatures et des poursuites, ainsi que des expériences secrètes,  met en scène une variante du thème de l’apprenti sorcier, où la transgression de lois fondamentales entraîne des suites indésirables et dangereuses. Son caractère original se trouve dans l’absence de paradoxes classiques du voyage dans le temps (le paradoxe du grand-père et celui de l’écrivain) : il ne s’agit pas d’intervenir dans une autre époque, mais de s’interroger sur les conséquences imprévisibles d’un événement apparemment anodin. D’une part, l’impossibilité de changer le moindre détail du passé rend l’avenir nécessairement incertain, car ce qui ne peut être modifié ne peut pas davantage être planifié « de l’extérieur » pour obtenir un certain résultat. D’autre part, comme chez Héraclite, « On ne peut pas entrer une seconde fois dans le même fleuve, car c'est une autre eau qui vient à vous ; elle se dissipe et s'amasse de nouveau ; elle recherche et abandonne, elle s'approche et s'éloigne. Nous descendons et nous ne descendons pas dans ce fleuve, nous y sommes et nous n'y sommes pas » ; chaque  idée, émotion, intention prise chez une personne à un moment déterminé est unique et ne peut pas être répétée ou figée dans un éternel présent. Le passé est définitivement un pays étranger, parsemé, dans le roman, d’innombrables failles, qui sont autant de malheurs oubliés reprenant une force inattendue lorsqu’on essaie de les actualiser.   






La Théorie des cordes, de José Carlos Somoza, traduit de l’espagnol par Marianne Million, Actes Sud, 2007

Publicité

Paul Delvaux, maître du rêve

Paul Delvaux, maître du rêve . Évian, Palais Lumière. Du samedi 01 juillet au dimanche 01 octobre 2017 Le maître du rêve, tel est ...