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Peinture (journal) I

Peinture (journal)

1
Je m'exprime peu sur ma peinture, et j'ai souvent du mal à trouver des titres pour mes tableaux. Peut-être parce qu'il est parfois difficile de redire en mots ce qui a déjà été dit dans des couleurs et des formes. Peut-être aussi parce que je préfère être invisible, cachée derrière les écrans et les toiles. Je suis l'ombre de ce que je fais ; ma peinture devrait parler d'elle-même après m'avoir pressée.


2
Pour une première fois, je peins sans dessin préalable, sans ligne pour me guider, ou plutôt je me laisse guider par les nuances de bleu. Je rêve d'une tonalité intense et fraîche à la fois, ce que l'on pourrait ressentir en se couchant dans l'herbe, dans une clairière de forêt.


3
Bleu fumée (la couleur des miroirs)

La couleur des miroirs a toujours été pour moi un sujet de curiosité. Non pas la couleur des objets reflétés, mais celle de la surface réfléchissante. Une couleur dont la description est impossible, même si elle est visible. Dans ce domaine, il y a aussi les tonalités de la pluie, ou les nuances exactes de l'arc-en-ciel des bulles de savon. Il y avait jadis des réverbères dont l'éclairage ternissait les vêtements bleus et leur donnait un reflet mauve, ou gris. C'est ainsi qu'on voit les chats de la nuit ; leur trace éphémère est comparable à la fausse invisibilité des miroirs. C'est la couleur de ce que l'on ne devrait pas regarder, de ce qui se passe dans les marges du champ visuel. L'incolore est pourtant la trame du perceptible et du flamboyant, la lisière du chemin qui est à ce point précis pour définir la voie qui doit être vue.

Inma Abbet

Inma Abbet, Soir bleu, acrylique sur toile, 2015



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