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Articles

Affichage des articles du novembre, 2015

De l'art de ne pas faire des listes

Le seul art que je maîtrise entièrement est celui de la procrastination. Pour combattre cette coutume et démolir un édifice si solidement bâti pendant des années, j'ai commencé à faire des listes de choses à faire. Elles se sont vite révélées trop ambitieuses ; j'ai revu les ambitions à la baisse, j'ai diminué le nombre de tâches. Rien n'y faisait... Justement, le non-accompli guettait à chaque page du carnet comme un reproche silencieux. J'ai alors commencé des listes inversées, où seules seraient mentionnées les tâches déjà accomplies, mais le procédé est devenu pareillement désolant. La liste du non-fait poursuivait sont existence dans quelque réalité parallèle et anxiogène. Finalement, j'ai arrêté toutes les listes, et je n'ai conservé qu'une petite indication quotidienne, sans échéance et sans date de péremption : être meilleure.

Ouverture, dessin

Ouverture, crayon sur papier, 2015, Inma Abbet



LE KIMONO DE NEIGE

à propos de Le Kimono de neige, de Mark Henshaw
Les confidences entre deux hommes âgés, deux voisins vivant seuls sans le Paris de 1989 tracent des lignes ténues entre l'imaginaire et le vécu. L'ancien inspecteur de police Jovert et l'ancien professeur de droit Omura semblent avoir peu en commun, sauf peut-être leur solitude et la disposition identique de leurs appartements, ainsi qu'une expérience frustrée de la paternité. À l'occasion d'un accident qui rend ses déplacements difficiles, Jovert fait la connaissance du professeur Omura, Japonais amoureux de la France. Omura apprécie la compagnie de son voisin et lui parle de sa vie au Japon, une vie très discrète, en marge de tout événement dramatique et de toute passion. Seule l'évocation de sa fille Fumiko, adoptée dans des circonstances inhabituelles paraît renfermer un mystère. Pourtant, un personnage flamboyant et flambeur se dégage de son récit ; son ami d'enfance Katsuo Ikeda, qui aurait eu une vie…

Paysage fragmenté

Paysage fragmenté. tissu de soie cousu sur toile peint, 30 x 40 cm, 2015



Il faut tenter de vivre

à propos de Il faut tenter de vivre, de Eric Faye
   Ne reste-t-il vraiment rien, pourtant, d'une tentative d'évasion Un esprit doit conserver quelque part une trace de cette grande bourrasque océanique -la liberté-, un peu comme, sur le sable, après le reflux de la vague, subsiste une frise d'écume. (p. 146) Les personnages de ce roman ressemblent aux ombres que l'on peut croiser, la nuit, sur un quai de gare ; des silhouettes un peu floues, difficiles à saisir dans leur mouvement, et pourtant captivantes. C'est ainsi que se présente au narrateur la figure d'une jeune femme rencontrée dans une soirée parisienne au milieu des années 90. Sandrine l'intéresse d'emblée, non pas comme une amoureuse probable, mais comme un motif romanesque, car il pressent la valeur littéraire de l'histoire accidentée de la jeune femme, où abondent les failles et les zones obscures. Sandrine lui échappe et revient pour s'en aller de nouveau, à l'image d'une …