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De l'art de ne pas faire des listes


Le seul art que je maîtrise entièrement est celui de la procrastination. Pour combattre cette coutume et démolir un édifice si solidement bâti pendant des années, j'ai commencé à faire des listes de choses à faire. Elles se sont vite révélées trop ambitieuses ; j'ai revu les ambitions à la baisse, j'ai diminué le nombre de tâches. Rien n'y faisait... Justement, le non-accompli guettait à chaque page du carnet comme un reproche silencieux. J'ai alors commencé des listes inversées, où seules seraient mentionnées les tâches déjà accomplies, mais le procédé est devenu pareillement désolant. La liste du non-fait poursuivait sont existence dans quelque réalité parallèle et anxiogène. Finalement, j'ai arrêté toutes les listes, et je n'ai conservé qu'une petite indication quotidienne, sans échéance et sans date de péremption : être meilleure.


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