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Articles

Affichage des articles du janvier, 2012

Synesthésies

« L’art ne reproduit pas le visible ; il rend visible » Cette phrase, incluse ans la Théorie de l’art moderne de Paul Klee pourrait très bien définir la notion de synesthésie, en tant que figure de style, appliquée à l’art. La synesthésie désigne une correspondance entre différentes perceptions, entre plusieurs sens. Pour Klee, peintre mais aussi poète et musicien accompli, l’art du dessinateur et du peintre n’imite pas le réel, mais prend en considération, par exemple, des éléments rythmiques dans la couleur, pouvant s’identifier à des notes de musique. D’ailleurs, sont associés à la couleur des aspects dynamiques (« mouvement pendulaire ») ou de température. On peut naturellement trouver un précédent de la peinture polyphonique de Klee dans le célèbre vers de Baudelaire des Correspondances : Les parfums, les couleurs et les sons se répondent, lorsqu’il s’agit de transposer la dimension temporelle de l’œuvre musicale dans une dimension spatiale.  Cependant, dans l’association des per…

Maisons et pères oubliés

A propos de La Maison où je suis mort autrefois, de Keigo Higashino et de Tonbo, de Aki Shimazaki. Les histoires parallèles ont le charme des voyages dans le temps où les « si » ne relèvent plus du regret mélancolique ou de la frustration, mais des portes d’entrée vers un passé aussi énigmatique qu’envahissant. C’est le cas, à mon avis, pour ces deux brefs romans japonais, histoires de pères et de fils, où ces derniers mènent des enquêtes difficiles et troublantes sur les premiers, où la recomposition d’une histoire n’est jamais sans risques, même si elle apporte toujours davantage de liberté à celui qui se montre assez courageux pour la réaliser.
La Maison où je suis mort autrefois
Sayaka n’a aucun souvenir de sa vie avant l’âge de cinq ans. Sur ses photos d’enfance, elle ne sourit jamais, et sa vie d’adulte semble plutôt désastreuse. A la mort de son père, elle apprend que celui-ci se rendait souvent dans une maison isolée dans les montagnes. A l’aide d’un ami, elle s’y rend et retrouv…

Visions de la ville assiégée

A propos de Cadix ou la diagonale du fou, d’Arturo Pérez-Reverte
Il est des curiosités historiques qui méritent bien d’être renflouées de l’oubli où elles ont sombré, et le roman historique est une bonne occasion de faire ce que les manuels scolaires préfèrent ignorer. Le point de vue d’Arturo Pérez-Reverte sur le siège de Cadix (1810-1812) est à ce titre révélateur d’une démarche intellectuelle cherchant à dégager l’histoire de toute fadeur politiquement correcte, de la transformer en matière littéraire ambigüe et chatoyante, à travers des personnages et des situations incertains, à travers ce qui aurait pu être et n’a pas été, mais qui a pourtant laissé des traces. Et l’incertitude ne manque pas précisément dans cette histoire où se déroulent, en arrière-plan, également, les travaux précédant la Constitution de 1812. Le portrait d’une cité libérale (ce qui, dans l’Espagne de l’époque, tenait davantage de l’anomalie), pris dans des temps intéressants, ne laisse de côté aucune dimensio…

De l'étoffe des rêves

Êtes-vous en train de rêver que vous interprétez les rêves ?
Ces propos de Sun Kaisi développent en écho, sur le mode de l’entretien infini, les pensées et les désirs de Zhang Chao. Des paradoxes venant taquiner, interroger ou déchiffrer la substance du rêve se déploient dans l’un des plus célèbres recueils de « propos détachés » de la fin du XVIIe siècle chinois, où l’auteur ajoute les opinions de ses amis et autres lettrés à la suite de son propre discours, dans une discussion à plusieurs voix poétiques, tantôt légère, tantôt grave. On rend ainsi à chacun ce qui lui appartient et leur conversation demeure plaisante et singulière à travers le temps (précisément parce que le songe se situe hors du temps), pour ceux qui aiment retrouver la trace du papillon de Zhuangzi, des métaphores du règne végétal appliquées aux affaires quotidiennes, à l’amour et l’amitié, ainsi que la présence obstinée de la lune dans un paysage intellectuel fait d’encre délavée et de scepticisme mêlé de sensualit…