vendredi 18 juin 2010

Les traces des Wisigoths

Les ruines de l’ancienne Recópolis, ville fondée en 578 par le roi wisigoth Léovigild, témoignent de l’essor d’une culture qui s’est développée dans toute l’Hispania romaine pendant presque trois siècles. Les deux villes bâties par ces Goths de l‘ouest, comme on les surnommait (visigodos = west gothen), étaient construites selon les modèles byzantins et incluaient des aqueducs, des églises, des palais, des commerces et des habitations. Issus de la Suède méridionale, les Wisigoths se sont installés d’abord près de la mer Noire, avant de se répandre dans tout l‘empire Romain, comme le faisaient à l’époque d’autres peuples germaniques, comme les Suèves, les Francs ou les Vandales qui, profitant du vide laissé par les armées aux marches de l‘empire, s‘installaient dans les anciennes provinces romaines. Au cours du Ve siècle, les Wisigoths s’établissent dans la péninsule Ibérique et Tolède sera la capitale du royaume. C’était une civilisation brillante, perméable aux influences antiques, qui a préféré le latin à la langue gotique, une civilisation pourtant instable, constamment secouée par les guerres. L’image traditionnelle des Wisigoths leur donne souvent le rôle d’envahisseurs barbares. Ils étaient certes des guerriers, mais il y avait parmi eux des savants, des écrivains, (comme Isidore de Séville, auteur des Étymologies) des architectes, des sculpteurs et des orfèvres (comme les auteurs des couronnes votives du trésor de Guarrazar). Les restes de l’ancienne basilique de Recópolis montrent dans l’architecture les particularités du culte arien, religion qui niait le caractère divin du Christ, et qui isolait les Wisigoths du reste de la population hispanique chrétienne. En 589 le roi Reccared se convertit au christianisme, ce qui mit fin à cette situation et les Wisigoths finirent par être assimilés à la société hispano romaine. Déjà en 654, une loi commune pour tous les habitants du royaume wisigoth était imposée par le roi Receswinthe. Les Lex Romana Wisigothorum, Liber Iudicum, Liber Iudiciorum, Fuero Juzgo ont eu une grande importance dans l’élaboration des lois en Espagne, le Fuero Juzgo continua d’être appliqué en tant que droit local jusqu’au XIXe siècle, où il fut remplacé par le Code Civil, mais il fait toujours partie des lois de certaines régions comme la Navarre, la Catalogne ou le Pays Basque.

Perdue au fond des âges, la culture des Wisigoths est aujourd’hui moins oubliée qu’on ne le croirait de prime abord, car leur langue est restée en espagnol sous la forme de toponymes, de patronymes et de toute une série de mots de la vie quotidienne.
Le lexique
La culture wisigothe étant d’essence guerrière, beaucoup de mots qui évoquent le combat ou la guerre en espagnol sont d’origine germanique : botín, espía, guerra, tregua, yelmo.

Il y a aussi un certain nombre de mots courants : abolengo (ascendance), agas jar (bien accueillir), álamo (peuplier), albergue (auberge), alto (halte), aspa (pale, hélice), banda (bande), bandera (drapeau), bandido (bandit), bastir (bâtir, vieilli), blanco (blanc, mais aussi cible), brecha (brèche), brote (poussée), desmayar (s‘évanouir), esquilar (tondre), estaca (pieu), fresco (frais), galardón (prix, récompense), gastar (dépenser, abîmer), ganar (gagner), ganso, (oie) guante (gant), guardar (conserver, garder), guarecer (abriter), guiar (guider), guisa (guise), heraldo (héraut), podenco (chien), realengo (du domaine royal, vieilli), rico (riche), robar (voler), ropa (vêtements), sala (salle), talar (élaguer, couper un arbre), tapa (couvercle), truncar (briser).
Les noms de lieux

On retrouve dans les toponymes d’origine wisigoth le suffixe enco -engo, -iz ( de -engos, eng ou -ing,) , Aussi, les noms de villes comme Burgos et ses dérivés, Burguillos, Burguete. Aussi Allariz, Adaufa, Adamonte, Revillagodos, Guimar, Godina, Toro, Villatoro, Gudes, Gondomar, entre autres. La région andalouse tient également son nom d’un autre peuple germanique, les vandales (Wandalus : Andalousie)
Les noms de famille les plus courants en Espagne sont d’origine germanique : les Rodriguez, Fernández, Alvarez, Ramírez, González ou Ruiz et, en général, les noms terminés par les suffixe -ez ont comme racine un prénom germanique (sauf, par exemple, Martinez, formé sur Martin, ou Lopez, qui vient du prénom Lope, issu du latin Lupus, loup) Les origines de a terminaison -ez ou -iz, sont assez obscures. Longtemps, elle a été attribuée aux Wisigoths avec une origine patronymique, mais elle pourrait tout aussi bien être issue d’une langue préromaine, ou dériver du suffixe latin -onis, et transformée, par la langue basque -iz, itz, (encore utilisé en basque comme possessif ou modal). Venant de l’euskera, la terminaison aurait été incorporée au castillan ancien grâce à l’influence du royaume de Navarre dans les premiers siècles de la Reconquista, (c‘est aussi en Navarre qu‘on trouve des terminaisons en -iz accolées à des noms qui ne sont pas de souche germanique, comme Aznar/Aznariz ). Les noms germaniques ne sont pas tous d’origine wisigoth et ne sont pas tous arrivés entre le Ve et le VIIe siècle. Ceux qu’on trouve en Catalogne, comme Arnau, Berenguer ou Guillem ont aussi un rapport avec la Reconquête, mais plus tardif, ils datent de l’époque où des chevaliers francs se sont installés dans la péninsule Ibérique, c’est-à-dire à partir du XIe siècle.



Racines germaniques dans quelques noms usuels en Espagne :


ARN aigle : Arnau, Arnaldo

ATHAL=ADEL noble, glorieux : Albert, Alberto
BERN ours : Bernard, Bernardez, Bermúdez
BERT brillant : Beltrán, Berto,
FRID/FRIED paix : Fernández, Hernández, Federico
GODS bon : Guzmán, Godoy, Godinez
GUNDE combat : Gutiérrez, Gonzalo, González, Gonzálvez

HAIMA maison : Aymeric (?)
MIR noms terminés par -miro ou -mero : Baldomero
RAGIN conseil : Raimon Reynald Ramirez,
RODE/RED/ROTE/HROD victoire : Eduardo, Roberto, Roger, Rosendo
RIK/RICH/REC(A)/REC(ES) roi, puissant, riche : Riquelme, Rich , Ricardo, Richart
SAAL salle : Sala
WARJAN guerre : Guerrero, Guerra, Guisado
WILHIA volonté : Guillermo, Guillén, Guiomar.

14-04-08

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