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Livres lus [I]

Pendant les prochaines semaines, je dédierai cet espace aux livres lus récemment, aux romans et essais, anciens ou nouveaux, qui m’ont particulièrement plu.

Le Collectionneur d’impostures

De nombreux récits brefs mettent en scène des imposteurs, mystificateurs, faussaires et auteurs de supercheries diverses depuis le Moyen Âge et jusqu’à aujourd’hui. L’auteur nous fait connaître son intérêt pour ces histoires en partant d’un fait divers récent qui lui paraît emblématique : l’histoire d’une jeune fille ayant inventé une agression dans le RER uniquement pour se rendre visible. L’étrangeté d’une telle démarche vient du décalage entre le bénéfice espéré et le risque encouru, et la plupart des récits explorent précisément des fuites en avant, des petits mensonges vaniteux ou cupides qui deviennent des boules de neige impossibles à arrêter. La dynamique de l’imposture, qu’elle concerne de fausses têtes couronnées, des victimes imaginaires de désastres bien réels ou, plus simplement, des simples amateurs de luxe voulant échapper à une vie grise, tient toujours grâce à la crédulité de l’entourage, ou des relais médiatiques, car pour tromper il faut être au moins deux, et les mystifiés font souvent preuve d’esprit romanesque. Ces imposteurs fascinent, car ils pratiquent une discipline antiartistique, une entreprise de recyclage de fantasmes collectifs, un artisanat de l’illusion pour la beauté –ou la laideur- du geste.

Frédéric Rouvillois, Le Collectionneur d’impostures, Flammarion,

Le Malentendu

« Ses trahisons ressemblaient à des œuvres d’art ». Le premier roman d’Irène Némirovsky, publié en 1923 et réédité récemment, met en scène un couple hasardeux qui se perd et se retrouve, au cours de vacances au Pays Basque, puis à Paris. Une histoire simple évoquant des passions éphémères dans une atmosphère brillante et factice. En dépit des très belles descriptions et d’un portrait masculin mélancolique et riche en ambivalences, ce texte ne possède pas encore l’intensité et l’ironie d’une Suite française. On pense cependant à Elizabeth Bowen, notamment dans To the North, en lisant cette quête du bonheur minée par les convenances et l’ennui, lancée sur la piste de patinage de la vie mondaine pendant les années folles.

Irène Némirovsky, Le Malentendu, Denoël, 169 p.

Sang chaud, nerfs d’acier

Si dans le roman évoqué précédemment, la famille s’est évanouie dans le discours narratif, entre une promenade sur la plage et un rendez-vous clandestin, il en va tout autrement pour le 13e récit d’Arto Paasilinna traduit en français. La vie d’Antti Kokkoluoto est indissociable de celle de sa famille et, par une série d’ondes concentriques, de celle de la Finlande, située entre la date de son indépendance, en 1918, et les années 1990. Au départ, la naissance d’Antti fait l’objet d’une querelle entre le père du garçon et l’accoucheuse, également chasseuse de phoques et poissonnière, qui est convaincue de pouvoir prédire la date de la mort de celui qui vient de naître. Pourtant, les aventures et les rebondissements ne vont pas manquer dans la vie d’Antti, tour à tour commerçant, contrebandier d’alcool, soldat, père de famille, champion de tir au pistolet ou homme politique. Dans ce roman, comme dans d’autres textes de Paasilinna, on retrouve une sorte de générosité dans la mise en place de personnages pour lesquels l’horizon est toujours ouvert, qui défient tous les pronostics et qui parviennent à se sortir des situations les plus compliquées ou les plus absurdes, même si je préfère, chez cet auteur, la poésie du Lièvre de Vatanen ou l’humour extravagant de La douce empoisonneuse.

Arto Paasilinna, Sang chaud, nerfs d’acier, Denoël, 217 p.

Commentaires

  1. Aaaaaah ! le déménagement a pris du temps, mais, franchement, vous êtes beaucoup mieux installée que dans le studio squatté précédemment chez 24 Heures. Et puis le voisinage... incomparable!

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  2. Et me voilà plongée dans les graves questions du référencement! Cela a pris du temps parce que j'ai essayé des dizaines de 'templates' pour trouver quelques-uns qui me conviennent, mais ici je me sens plus libre, et je publierai aussi mes textes en espagnol.

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  3. Le référencement, c'est facile.
    En fouillant dans le site de Google (et en allumant un cierge à saint Antoine), vous finirez par trouver une page d'enregistrement de votre blog. Et en moins d'une semaine vous serez en orbite autour de la blogosphère.
    Il ne reste plus qu'à régler aussi la pendule, parce que l'heure indiquée est celle de Tahiti (mais je ne suis pas à un exotisme près....).

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  4. Merci pour la remarque, je ne l'avais même pas vu...

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