vendredi 18 juin 2010

Ma journée bernoise (II)

Je ne voulais pas quitter Berne sans voir les œuvres de l’un des plus grands artistes du XXe siècle, Paul Klee, né à Berne en 1879. Le musée qui lui est dédié, le Klee Zentrum, accueille des expositions, des conférences, des ateliers d’art pour enfants et bien d’autres manifestations. Il est placé au milieu d’un paysage vallonné, piqué ci et là d’arbres frêles, un environnement compris dans l‘architecture. Le bâtiment, qui ressemble un peu à une serre toute en courbes, est entièrement composé de verre et d‘une structure métallique. J’ai vu enfin ce que j’avais tant aimé dans les reproductions des livres, les images qui m’ont toujours accompagné en pensée : la merveilleuse « Insula Dulcamara », « Ad Parnassum » et ses tonalités crépusculaires disposées en plusieurs couches distinctes, où l’on peut suivre du regard les chemins pointillistes de ce qui reste une des plus belles représentations de la lumière, devenue presque palpable. L’art de Klee nous permet de découvrir un territoire situé au-delà des contraintes de la géométrie ; dans ses paysages suggérés par quelques lignes superposées, dans la profondeur évoquée par les différents degrés d’une même couleur, des arbres et des maisons apparaissent soudainement isolés, énigmatiques, comme issus d’un rêve. Certains traits rappellent le cubisme, d’autres le surréalisme ou l’expressionnisme, mais ces images défient toute interprétation, et toute appartenance : la peinture de Klee est unique et inclassable. Depuis des débuts, il a multiplié les expériences autour des matières et des techniques picturales. Dans ses tableaux s’exprime une longue recherche à propos de la couleur, dont le peintre, musicien et poète avait découvert les possibilités lors d’un voyage à Tunis en 1914. La couleur, qui deviendra très importante dans une œuvre de plus en plus abstraite et intuitive, d’une grande pureté formelle, où surgissent des éléments d‘une étrange mythologie mi-onirique, mi-enfantine, comme la montagne, les poissons, les plantes, la nuit ou les yeux. L’évolution vers l’abstraction ouvre la porte à un grand nombre d’interprétations obtenues par les combinaisons de couleurs et de formes, offrant ainsi une géographie imaginaire changeante et ambivalente, permettant les associations d’idées, le questionnement, la liberté absolue.

L’Œuvre de Klee m’a toujours fait penser au conceptisme, cette esthétique de l’Espagne du XVIIe siècle, qui prônait la concision et la polysémie dans la poésie, cultivait l’austérité du style et la richesse du sens, le paradoxe et l’allégorie.

Dans les années 1920, Klee faisait partie de l’avant-garde des mouvements artistiques. Il fréquenta des artistes comme Kandinsky, Franz Marc, ou Picasso et enseigna au Bauhaus de Weimar. Sa peinture et son style étaient reconnus et admirés. Vivant en Allemagne, il décida d’émigrer en Suisse avec sa famille en 1933, harcelé par les nazis qui l’avaient exclu de l’Académie de Düsseldorf où il était professeur. Klee vécut encore quelques années à Berne avant de mourir en 1940 à Locarno.

Au cours de sa vie, Paul Klee réalisa un nombre presque invraisemblable d’œuvres (plus de 10.000). La collection du Klee Zentrum compte plus de 4.000 tableaux et dessins.





26/04/2008

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