jeudi 17 juin 2010

Stendhal et l'autobiographie

Dans la Vie de Henry Brulard, Stendhal cultive l'art de parler de soi sans y ajouter une sentimentalité qu'il trouvait embarrassante et ridicule, comme tous les excès romantiques. Tout en imaginant la réaction de ceux qui pourraient lire son oeuvre, Mes confessions n'existeront donc plus trente ans après avoir été imprimées, si les Je et les Moi assomment trop les lecteurs, le narrateur a le souci de la durée, de la reconnaissance posthume, d'être encore lu en 1935. Dans son autobiographie inachevée, Stendhal tente de de se connaître, d'approcher son enfance et l'histoire de ses parents, d'expliquer l'antipathie qu'il vouait à son père, d'évoquer ses premières découvertes amoureuses. Les appels au lecteur sont nombreux et soulignent l'apparente distance que le narrateur établit face à son propre récit, raconté sur un mode ironique et souvent empli de mélancolie. Pour éviter que les encombrants Moi et Je ne deviennent le centre de l'oeuvre, le narrateur joue avec les dates, les initiales, les pseudonymes, en multipliant les mystères et les sens cachés, comme si le lecteur devait comprendre que tout est incertain dans une autobiographie, que l'auteur raconte ce qu'il a envie de raconter et non pas ce qu'il s'est réellement passé. Dans cet éloge du faux, le narrateur s'amuse à suggérer des faits qui n'ont jamais eu lieu dès le début de l'oeuvre et à les démentir quelques pages plus loin : Par exemple au commencement du premier chapitre, il y a une chose qui peut sembler une hâblerie : non, mon lecteur, je n'étais point soldat à Wagram en 1809. C'est donc aujourd'hui, 1835, un mensonge tout à fait digne d'être écrit que de faire entendre (...) qu'on a été soldat à Wagram.
La vérité, pour Stendhal, est moins dans l'exactitude que dans la volonté d'être soi-même, sans chercher à plaire ou à se conformer à une certaine bienséance : Ceci est nouveau pour moi : parler à des gens dont on ignore absolument la tournure d'esprit, le genre, l'éducation, les préjugés, la religion! Quel encouragement à être vrai et simplement vrai (...) Dans la Vie de Henry Brulard, le lecteur trouvera souvent ces mises en abyme, ces questions sur le fait même d'écrire en se dévoilant à peine, en préférant, aux études sentimentales, le souvenir d'un monde en train de disparaître et de sa culture, le souvenir des musiciens et des écrivains, de quelques femmes et de l'Italie.

08-06-07

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