jeudi 17 juin 2010

Le Temps de l'innocence

Vous connaissez sûrement Le Temps de l'innocence, l'une des oeuvres majeures de la romancière américaine Edith Wharton, contemporaine de Proust et de Henry James. Depuis sa retraite française, elle avait su faire revivre l'univers chatoyant et compliqué de la société new-yorkaise de la fin du XIXe siècle. Lire Wharton, c'est explorer des champs de bataille policés où l'on s'entretue sans effusion de sang, mais avec les armes de l'humiliation et de l'ostracisme. C'est aussi découvrir des penchants manipulateurs bien développés chez les plus innocentes parmi les jeunes filles. Mais l'hypocrisie et le mensonge font partie des nécessités de la vie en groupe et des réflexes de survie. La liberté, dans ce monde romanesque, reste le plus souvent une aspiration aussi désespérée que vaine, malgré le goût des voyages et le cosmopolitisme. Et pourtant, cette recherche d'amour authentique, ou la poursuite déraisonnable d'une vocation littéraire donnent aux personnages de Wharton une dimension tragique en contrepoint ironique avec les ambiances élégantes et froides de l'ancien New York.
Parallèlement à ses romans, Edith Wharton a écrit de nombreuses nouvelles et novelle ; certaines d'entre elles ont été publiées en français sous les titres Grains de grenade et Le Triomphe de la nuit. Il s'agit d'histoires inquiétantes qui, en apparence, pourraient être rattachées à la tradition anglo-saxonne de la Ghost story. En apparence, seulement, parce que rien n'est simple chez Wharton. Dans ces récits, le fantôme est moins un revenant que la personnification d'une conscience tourmentée, d'un crime inavoué ou d'un passé qui résiste à toute destruction. A plusieurs reprises, la maladie du narrateur intervient comme un facteur de brouillage qui crée le soupçon et donne à son discours une moindre crédibilité. Pour ses nouvelles, Edith Wharton n'aimait pas les atmosphères gothiques et les châteaux hantés ; elle leur préférait les maisons modernes où l'étrange ferait irruption dans une vie quotidienne confortable et rangée et ferait soudainement éclater les certitudes les mieux ancrées. Les fantômes rappellent la faute commise, mais parfois ils l'anticipent, et cela dévoile une autre nouvelle que le lecteur pourrait imaginer en jouant avec les possibilités.



Pour en savoir plus :
(en anglais, on peut y lire, notamment, une grande partie des oeuvres d'Edith Wharton)

07-06-07

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