lundi 16 mai 2011

Transparences

 À propos des Chroniques de l’étrange, de Pu Songling

Par son sens étymologique, transparent est proche de paraître, disparaître ou apparent. La transparence était autrefois celle de l’air ou du ciel, et aussi celle des mots. On trouve ainsi cette expression associée aux qualités de certaines matières, comme la soie ou le verre,  Dans les Chroniques de l’étrange, de Pu Songling, recueil de contes chinois écrits dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, ce sont les  différents mondes qui deviennent diaphanes, se mêlent et se confondent dans une atmosphère de rêve. Cette transparence-là ne laisse passer seulement la lumière, mais aussi les renards métamorphosés en jeunes filles, les dragons égarés cherchant un lieu d’hibernation dans les yeux des passants, les génies tutélaires et même les belles revenantes décidées à continuer le parcours qui aurait dû être le leur si elles avaient vécu.

La superposition des mondes se fait sans artifice aucun, il n’y a pas de transition entre le naturel et le surnaturel, si ce n’est parfois le songe, la nuit ou même l’ivresse, mais tout cela ne fait pas une frontière ; le passage se fait donc sans encombre d’une fresque à un lit. Les meubles rentrent dans les murs et y disparaissent, un lettré se souvient de ses vies antérieures en tant que cheval, chien, serpent. Cependant, le moment où les transitions se produisent peut se révéler terrifiant, provoquer la peur ou la fuite de celui qui se retrouve en face d’un être inattendu ou indescriptible et parfois cela s’accompagne d’une fin malheureuse et symbolique. Ce fonctionnement du conte, où le merveilleux est tour à tour redoutable ou désirable dans une perspective d’apprentissage et d’initiation, où se lient l’amour de la femme-renard et la réussite aux examens et concours, se retrouve parfois chez Hoffmann (dans Les Mines de Falun, par exemple), et aussi dans certaines des Histoires Extraordinaires d’Edgar Poe, comme dans Le Sphinx.


Pu Songling, Chroniques de l’Etrange, traduit par André Lévy
Ed. Philippe Picquier, 2010   






Ajout du 17 avril


Biblis, de William-Adolphe Bouguereau. Source: Wikipedia


Pour les tonalités diaphanes

Ajout du 18 mai

Éloge de l'éphémère et des paradoxes: un signe qu'on pourrait traduire par Permanence

21 commentaires:

  1. Le plus mystérieux dans ces histoires n'est-ce pas encore la personnalité de Pu Songling ?
    En Chine, on se souvient encore qu'il écrivait des histoires de fantômes au début de la dynastie Qing (mandchoue). En fouillant un peu, on apprend qu'il a écrit 490 contes depuis sa résidence de Liaozhai (d'où le titre du recueil "Liaozhai zhi yi"), où il offrait du thé ou de la soupe de grains rouges aux passants qui voulaient bien entrer chez lui pour écouter ses histoires.
    Il s’est lancé dans cette activité d’écrivain amateur à la suite d’échecs aux concours pour accéder aux classes supérieures du mandarinat ; pour subsister, il a alors vécu en qualité de professeur privé, parmi ses proches, commerçants depuis plusieurs générations. Quatre hypothèses on circulé à propos de ses origines: on l'a dit issu de mongols, ou peut-être de musulmans, puis de Han, ou enfin appartenir à une ethnie minoritaire. Aujourd'hui, seules les deux dernières possibilités sont conservées.
    Il vivait dans le Shandong, sous l’influence de Confucius, le natif le plus glorieux de la province. Ce qui permet d'expliquer pourquoi Pu Songling s'en prend de façon ironique aux taoïstes dans plusieurs contes, et de remarquer que les histoires de fantômes étaient plus proches de l'esprit confucéen que de la mentalité taoïste. De plus, la dynastie Qing fut très favorable à ranimer la flamme d’une tradition confucianiste, en voulant se montrer plus chinoise que les Chinois.
    Voilà ce qu'on peut dire aujourd'hui.

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  2. A propos de transparence, savez-vous que la porcelaine de Chine est réputée pour sa finesse et sa transparence.
    Ma mère avait un service à thé chinois et je me souviens qu'à chaque fois qu'elle posait les tasses sur leur soucoupe nous nous amusions à regarder au travers leur transparence et leur délicatesse, avec sérieux et admiration. C'est une de mes soeurs qui en a hérité (snif!). Poser ses lèvres sur leur finesse pour siroter le breuvage était en soi un plaisir unique. Le thé n'en était que meilleur.
    Les chinois avaient un secret pour la fabrication de la porcelaine et pour obtenir cette blancheur et cette transparence.

    Il y a parfois des visages de jeunes filles qui ont cette "transparence", et même de jeunes femmes. Je suis une fois encore à côté su sujet, enfin, j'extrapole disons, mais l'autre jour en voyant Angelina Jolie aux côté de Dustin Hoffman, elle avait cette transparence et l'on voyait cette jolie veine sur son front, cette veine qui palpite et que je trouve très sensuelle. Deux autres actrices ont la même : Christine Scott Thomas et Julia Roberts.

    (C'était la minute people (0_0))

    Revenons à Pu Songling : "la soupe de grains rouge". Vous êtes sûr que ce n'était pas de la mort aux rats (=_=)?
    (Désolée, je ne suis pas sérieuse mais j'ai lu ce billet et votre commentaire avec grand intérêt (+_+))

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  3. Les Anglais, d'ailleurs, utilisent le mot "China" pour désigner la porcelaine en général. J'ai aussi des souvenirs d'un service à thé chinois, avec des motifs, ou un liséré d'un vert émeraude, avec cet intérieur si transparent... Je crois qu'on est tous ici des buveurs de thé.

    La soupe? Il s'agissait peut-être de haricots rouges? ;-)

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  4. Non, il s'agit bien de grains.
    J'ai mangé de cette soupe dimanche après-midi à l'heure du thé en lieu et place des traditionnelles madeleines de chez Proust. J'y ajoute un peu de sucre, par goût.
    Il y a les grains rouges que l'on mange une certaine partie de l'année, parce qu'ils sont Yang, et les verts l'autre partie, parce qu'ils sont Yin.
    Il faut les faire venir de Chine, parce qu'on en trouve pas sur cette partie fêlée du continent. J'en avais ramené de Beijing, mais j'ai été critiqué parce que ce n'était pas la bonne couleur adaptée au climat.
    Si vous tenez absolument à connaître le nom de cette chose, je dois réveiller Chinchin.

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  5. P.S.:

    Inutile de prendre des risques, j'ai préféré demander à Google. Cela s'appelle simplement 绿豆 (pinyin: lǜdòu) ou haricot mungo, pour les touristes.

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  6. Ambre:

    Et que pensez-vous de l'opalescente nudité des vénus de Bouguereau: il y a de quoi avaler ses
    绿豆 de travers, non ?

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  7. "Avaler ses haricots"? (0_0) de travers... il y a de quoi!

    Vous aimez, nous le savons, Bouguereau et ses Vénus opalescentes et elles ont aussi inspiré Théophile Gautier:) http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/a-bouguereau

    Pour ma part, elles me laissent de marbre (=_=) mais l'image d'Inma est très bien choisie pour parler de cette "transparence de la porcelaine".

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  8. Merci de révéler mes phantasmes au monde médusé, ô Ambronette. Je n'en suis plus à les dissimuler. A propos, voici ce que j'écrivais il y a quelques années dans la solitude de mon ermitage:
    Les corps opalins des baigneuses de Bouguereau
    Forcent nos plus mystérieuses barricades et,
    Armées du silence lunaire de leur fragile nudité,
    Conquièrent sans résistance les places-fortes du rêve.
    Je le dédie aux blogueuses (blogueresses ?)

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  9. Le 21 mai... c'était quel jour?
    Je n'ai plus la notion du temps depuis l'Aiguille du Midi et le Mont Blanc éblouissent mon regard.
    Ce fut un passage éclair... en directe de l'office du tourisme de Chamonix!

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  10. La Saint-Constantin.
    Ce trip alpin vous change des road movies finistériens.
    Attention aux éclairs en altitude: en cas d'orage, ne pas vous réfugier sous un sapin.

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  11. OK pour le sapin! Et sous un lapin? Ca fait paratonnerre (0_0)?

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  12. Orage sur le lac Léman hier soir!
    Vu d Evian les lumières sur Lausanne brillaient de tous leurs feux! Ai failli voir le "feu au lac".

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  13. Bonjour Ambre, auriez-vous envie de faire un saut jusqu'à Lausanne, puisque vous êtes si près?

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  14. Mais oui! Je suis sur Internet à la médiathèque d'Evian! Internet très lent...
    Je vous envoie un mail ...

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  15. Ces blogs ça devient de vrais sites de rencontre dis-donc ;-) !
    Amicalement.

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  16. Vous voulez dire "Rencontre avec trois types" ;-) ?
    La science fiction et moi, ça fait deux, voire trois...

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  17. Non, c'est parce que je suis simplement le troisième homme.

    "(The Third Man) est un film britannique de Carol Reed sur un scénario de Graham Greene, sorti en 1949, et tourné en 1948 sur le champ de ruines de Vienne. Ce film a reçu le Grand prix du festival de Cannes 1949, et est souvent considéré comme l'un des meilleurs films noirs."

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  18. Déception: en cliquant sur vos "blogs amis" Inma, je constate que "Le songe de Kuniklos" a supprimé son blog. Quel dommage, il était si beau, j'y retournais souvent, pour méditer.
    "Le troisième type" était peut-être un "OVNI"!
    (0_0)

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  19. C'est parce que Rabbit multiplie les métamorphoses, c'est cela aussi, la beauté de l'éphémère.

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