Accéder au contenu principal

Dépaysement

Je viens de visiter l'exposition dédiée aux Américains à Florence, qui se tient actuellement au Palais Strozzi*. À côté d'oeuvres très connues, comme le portrait de Henry James par John Singer Sargent, on peut y retrouver un vaste aperçu des tendances artistiques de la fin du XIXe siècle dans le regard de peintres venus de États-Unis comme Mary Cassatt, William Merritt Chase, Ernestine Fabbri ou Lilla Cabot Perry, parmi d'autres. L'exposition met en évidence la densité des liens que ces artistes entretenaient avec l'Europe, et notamment avec l'Italie. La figure du voyageur cosmopolite, typique des romans d'Edith Wharton et Henry James se déploie ici, enrichie de toutes le nuances apportées par le dépaysement. Leur Florence, et leur campagne toscane a effectivement été une chambre avec vue sur l'art du passé, ancien et récent, où se croisent les échos de la Renaissance et les clartés impressionnistes, mais aussi les contrastes entre l'ancien et le nouveau monde. Les peintres américains développaient ainsi un style qui leur était propre,  perméable aux traditions et curieux des nouveautés.

 Si l'idée du Grand Tour n'avait pas totalement disparu à cette époque,  les voyages étaient en revanche devenus moins aventureux et l'attrait du pittoresque avait en conséquence diminué, remplacé peu à peu par un certain goût du réalisme, visible surtout dans les portraits, qui laisse apparaître un art de vivre où l'on se sentait chez soi partout, tout en y restant étranger. Il était alors possible de faire partie d'un cercle mondain ininterrompu qu'avait Londres et Paris, ainsi que Florence, Venise et Rome, comme points de chute. Ces aspects sont ici illustrés aussi bien par la peinture que par la photographie. Il est question de perspectives urbaines, de scènes en bord de mer, de jardins lumineux, de moments de loisir, vécus par des personnages dotés d'un regard aussi intense qu'énigmatique. Les artistes et leur modèles semblent évoluer sur le mode stendhalien du voyageur éclairé, qui assimile et interprète différentes traditions culturelles avec néanmoins une certaine distanciation.      

*Americans in Florence. Sargent and the Americans Impressionnists
jusqu'au 27 juillet 2012
http://www.palazzostrozzi.org

Lilla Cabot perry, The Green Hat, 1913

Frank Duveneck, The Bridge-Florence

Images: Commons Wikimedia

Commentaires

  1. Si on ne s'en tien qu'au choix de vos deux photos, la visite de cette exposition ne peut qu'être enchanteresse. Mais ce que vous en dites le confirme.
    "un art de vivre où l'on se sentait chez soi partout, tout en y restant étranger". Quelle jolie phrase! Existe-t-il plus belle manière d'être heureux? J'aime cette idée de bien-être tout en prenant de la distance.
    Votre billet me donnerait envie d'en prendre un sur le champ pour l'Italie:))

    RépondreSupprimer
  2. Vous savez déjà, Ladies, que ce n'est pas exactement ma conception de l'expatriation: même si c'est charmant de goûter au high noon tea, en Thaïlande, sur fond de quatuor à cordes live, cela ressemble plus à une forme de colonisation qu'à une immersion à la Nizon.

    RépondreSupprimer
  3. @ P-A. : votre "conception de l'expatriation" est en effet bien plus radicale, mais il n'est pas donné à tout le monde de "franchir l'horizon" et "dérégler les horloges"(=_=)!
    Très beau ce blason!

    RépondreSupprimer
  4. Si, si, si... en chacun de nous sommeille un lapin, plus ou moins déjanté selon l'altitude de l'horizon et la précision des horloges; à vous de le trouver.

    RépondreSupprimer
  5. Au fait, l'horloge de ce blog est toujours sur le fuseau horaire "Pacific" des USA. C'est une invitation au voyage sous forme d'énigme Inmalayenne ?

    RépondreSupprimer
  6. Non, pas à une forme de colonisation lorsqu'on reste dans la légèreté et la sincérité. Lorsqu'on accepte de rester soi-même en allant ailleurs. Malheureusement, et malgré les caprices de l'horloge, je n'irai plus à Florence avant le 01 août. On ne peut pas voyager tout le temps :-)

    RépondreSupprimer
  7. Voyager tout le temps, c'est vivre pleinement dans le continuum espace-temps.

    RépondreSupprimer
  8. MDR! je viens de dire OK poour devenir membre et Google m'a ressorti un vieux compte gmail dont je ne me sers plus : Margaux du Kelen (0_0)
    Avec tous mes pseudos on poourrait faire un sketch:)))

    Je vais de ce pas vérifier que Margaux peut commenter dans "les mots rares"...

    RépondreSupprimer
  9. Désolée Inma pour mes derniers commentaires auxquels vous ne devez rien comprendre et moi non plus d'ailleurs car Margaux du Kelen a disparu des "membres de votre blog" alors qu'il y était tout à l'heure après mon inscription!
    Bon c'est très compliqué tout ça (pour moi, assez demeurée en ce qui concerne l'informatique). Je ne touche plus à rien...

    RépondreSupprimer
  10. Pas de problème ;-) Non, ce genre de choses arrive assez fréquemment à tout le monde. C'est comme l'apparence des pages et autres fonctions du blog. Impossible d'introduire des petits programmes de mon cru. Tout ce qu'on peut faire, c'est adapter les modèles déjà en place sur blogger, mais je ne perds pas espoir. En revanche, pour l'horloge, je vais m'en occuper dès que je serai de retour dans ma dimension spatio-temporelle valaisanne :-))))

    RépondreSupprimer
  11. Ambre: il y un korrigan dans votre ordinateur et ça, Google n'y peut rien, il faut un exorciste.

    RépondreSupprimer
  12. Mais je vous assure néanmoins n'avoir rien inventé. Margaux du Kelen est bien apparue au-dessus de 4 membres du blog quand je me suis inscrite. Je ne comprenais pas d'ailleurs pourquoi elle était au-dessus de 4 membres et pas avec eux (0_0)
    Bon, inutile de chercher Margaux sur Google, vous n'y trouverez que du bon vin:))
    Un korrigan? Mmm! La sale bête...

    Et Inma va rentrer bientôt... en soucoupe volante avec... E.T. ... qui va adorer Blanchon!

    RépondreSupprimer
  13. Bernadette Soubirous a aussi connu l'incrédulité de ses contemporains.

    RépondreSupprimer
  14. Je ne vous remercie pas pour la comparaison (0_0)! Je ne suis ni une Sainte ni simplette:)) (ce qu'elle était selon Emile Zola) et les seules apparitions qui agrémentent ma vie sont dans mes rêves ou mes cauchemars, c'est selon (*_*).
    D'ailleurs je vous préviens, je suis dans un de vos cartons de déménagement; envie de "Dépaysement" (=_=).

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Suspens, Suspense

Faut-il écrire suspense ou suspens ? L’origine de ce mot, qui désigne un état d’attente anxieuse renvoie à ce petit e qui en modifie la prononciation. Avant d’être un effet de style littéraire, le suspens, ou la suspense (on écrivait sospens et sospense, et également suspence), était l’interdiction faite au prêtre de célébrer la messe de manière temporaire. Il était déclaré suspens, ou suspendu des fonctions ecclésiastiques. Selon la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1), s’il persistait malgré sa suspense, le prêtre était déclaré irrégulier. Il y avait aussi une autre acception allant dans le même sens : « Anciennement, charte de suspense, charte royale par laquelle tout procès intenté à une personne absente pour le service ou par les ordres du prince demeurait en surséance jusqu'à son retour». (2) Suspens, employé en tant qu’adjectif, désigne aussi un état émotionnel (la perplexité) ou une qualité du lieu ou de l’atmosphère. Le Trésor de la langue françai…

Art des natures mortes

Un récent billet de ce blog évoquant certaines des caractéristiques de ce genre pictural m’a donné le désir d’approfondir quelque peu le sujet de la nature morte. Le sujet est très ancien, -présent déjà à l’époque hellénistique et romaine, visible encore dans des mosaïques et des fresques -, il existe également des témoignages d’autres représentations d’aliments et d’objets inanimés ; ainsi, Pline l’Ancien raconte l’histoire des raisins peints par Zeuxis, de manière tellement réaliste que les oiseaux viennent les becqueter, mais aucune de ces œuvres n’a été conservée- ₁. Ainsi, depuis l’Antiquité, le réalisme minutieux et l’évocation de la vie quotidienne sont deux traits essentiels des natures mortes. Dans le contexte antique, la nature et la nourriture évoquaient la richesse, l’hospitalité d’une maison ou le passage des saisons.


Toutefois, l’histoire de la nature morte, telle qu’on la connaît depuis quelques siècles, se déroule parallèlement à celle de la peinture sur chevalet. L’exp…

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli
   Conservé au musée napolitain de Capodimonte, le portrait du mathématicien Luca Pacioli (1445-1514), peint vers 1500 et attribuée à Jacopo de' Barbari est à plus d'un titre étonnant. Rares sont les données sûres sur ses origines, son auteur ou la date probable d'exécution. Seule la signature, inscrite dans le décor sous la forme d'un petit papier plié, le « cartiglio », où se pose une mouche, mentionne « Jaco.Bar. Vigen 1495 ». Nul ne sait si cette inscription fait allusion à l'auteur ou au commanditaire (Ludovic Sforza, en ce temps-là duc de Bari). La toile apparaît pour la première fois en 1631, dans un inventaire des collections du palais ducal d' Urbino, sans autre information concernant son acquisition. Ensuite, quelques données sur sa destination ultérieure, d'Urbino à Naples en passant par Florence, au gré des héritages.
   Le savant, vêtu de l'habit franciscain, se tient au centre d…