lundi 1 juillet 2013

Traduire Hannah

A propos de « Traduire Hannah », de Ronaldo Wrobel

Comment s’est-il retrouvé dans cette galère ? À cause de la peur ou, plus vraisemblablement, de l’ennui ? Pour Max, le personnage principal de ce roman, cordonnier discret à Rio de Janeiro dans les années 1930, le mariage et les histoires d’amour sont des sources d’embrouilles, dont il se tient à une distance prudente, du moins avant qu’il ne rencontre Hannah, ou du moins une version de Hannah, par voie épistolaire. Lorsque la police, à la recherche de subversions et autres conspirations, l’oblige à traduire le courrier de la communauté juive de Rio, écrit en yiddish, Max découvre soudainement tous les secrets de ses voisins, leurs lectures, médisances, regrets, ambitions et rêves, mais, dans le lot, il y a aussi les lettres aussi banales qu’énigmatiques envoyées par une certaine Hannah, qui vient de se marier, à sa sœur, installée en Argentine.

Intrigué, le traducteur part à la recherche de la jeune femme, et finit par la retrouver et en tomber amoureux ; l’intrusion de Hannah dans le récit est pourtant celle d’un monde romanesque et inattendu, où les apparences s’effacent pour laisser la place à d’autres ombres : souvenirs du passé dans le shtetl polonais, que les immigrés juifs tentent de conserver à travers le langage et les traditions. Chacun garde une part d’histoire, une identité cultivée avec nostalgie ou mise à l’écart comme un objet encombrant. Un passé qui forme un joli contraste avec la nouvelle vie au Brésil, plus calme et cependant  pas dépourvue d’inquiétudes et de menaces. Il y sera question de coutumes, d’assimilation, d’intrigues politiques de plus en plus compliquées impliquant des prostituées et des agents secrets, de mensonges et de vérités qu’il faudra regarder de loin pour comprendre. Afin de lire entre les lignes, une trop grande proximité n’est pas précisément un avantage, et une correspondance surveillée peut cacher autant d’aveux que de pièges destinés à l’espion débutant. C’est là l’aspect le plus original de ce roman : des chemins narratifs qui bifurquent et déjouent les prévisions du lecteur pressé. 
   


Traduire Hannah, de Ronaldo Wrobel, traduit du brésilien par Sébastien Roy, Métailié 2013

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