dimanche 9 août 2015

Matisse et son temps

à propos de l'exposition Matisse et son temps, du 20 juin au 22 novembre 2015 à la Fondation Gianadda, Martigny

Entre deux siècles, le long parcours artistique d'Henri Matisse (1869-1951) nous révèle l'éclosion des avant-gardes, des différentes tendances, des échanges, amitiés et dialogues esthétiques sans fin. Étonnante carrière s'épanouissant sur le tard mais toujours en avance sur son temps, miroir des artistes de son époque. L’œuvre de Matisse est ici mise en parallèle avec celle d'autres peintres : Picasso, Bonnard, Braque, André Derain, Maurice Vlaminck, Juan Gris... Une mise en scène des débuts de l'art moderne avec des œuvres majoritairement issues des collections du Centre Pompidou, ainsi que de quelques collections privées suisses.

L'exposition est organisée selon un fil conducteur chronologique, en neuf étapes : les débuts, dans l'atelier de Gustave Moreau ; le fauvisme ; l'influence du cubisme ; les années niçoises ; la série des Odalisques ; l'atelier du midi ; l'atelier comme espace de la peinture et enfin le tournant de l'après-guerre et l'entrée dans une autre modernité, celle qui annonce les couleurs du pop art. Dans ses années de formation auprès de Gustave Moreau, peintre symboliste, dans les années 1890, Matisse avait, avec d'autres peintres comme Albert Marquet, Charles Camoin ou André Derain, commencé à formuler une singularité, un style qui allait se développer autour d'un usage franc et audacieux de la couleur, qui, utilisée de façon pure et posée en aplat, réinterprète les leçons de l'impressionnisme dans un art de la simplification destiné à montrer la réalité telle que le peintre la voit. C'est par la couleur et ses contrastes que la lumière s'exprime. Dans ses œuvres datant de 1900, notamment ses vues du pont Saint-Michel, Matisse montre la vue depuis son atelier en employant des techniques différentes, mais qui préfigurent sa période fauve. Après un séjour à Collioure en 1905, son travail devient de plus en plus original sur le plan chromatique, ce qui vaudra à sa peinture et à celle des autres exposants du Salon d'automne de 1905 l'appellation de « fauve ». Le surnom ne tarde pas à être revendiqué par les peintres eux-mêmes, et le fauvisme est devenu une école picturale en concurrence avec d'autres mouvements avant-gardistes, notamment le cubisme. Initiée par Picasso, Georges Braque et Juan Gris, la peinture cubiste offre une vision déconcertante de la réalité, par la décomposition et recomposition de ses éléments, par la stylisation des objets suggérés par des traits et des formes géométriques. Pour Matisse, la réflexion sur la dimension géométrique de la peinture se manifeste notamment à partir de 1914, avec le tableau Porte-fenêtre à Collioure, où la netteté des lignes et des zones de couleur rendent la représentation de l'objet proche de l'abstraction.

Le portrait est aussi un genre facilement repris et transfiguré par la modernité chez Matisse. Le réalisme laisse la place à la simplicité du trait vivement souligné, et à des arrière-plans très colorés, où l'on trouve souvent des allusions à une ornementation très riche dans les meubles et les tissus. C'est là un motif très ancien que l'on retrouve dans les Odalisques, portraits féminins réalisés après un séjour au Maroc. La prédominance des tonalités chaudes, du rouge, l'expression d'une nudité rêveuse et nonchalante cultivent le souvenir de Delacroix, d'un imaginaire orientalisant, romantique et sensuel.

Parmi les thèmes classiques évoquées par les peintures présentes, l'atelier et la nature morte tiennent une place importante. Il s'agit dans les deux cas d'une réflexion sur l'espace et, en ce qui concerne l'atelier, sur les objets qui caractérisent la vie et l'activité de l'artiste. Chez Matisse, les intérieurs comptent souvent des fenêtres, qui offrent l'occasion de se pencher sur un monde distinct, d'intégrer ce monde dans les limites de la toile. La simplification peut aussi cacher une extension du sens, une vision supplémentaire et inattendue. Les dernières œuvres exposées ici montrent une évolution qui se poursuit pendant toute la vie de l'artiste. Avec les gouaches découpées, il invente une variante sculpturale inédite incluant peinture et collage. Ce sera la série Jazz, commencée comme un livre sur le thème du cirque. Dans ces planches, les figures humaines deviennent des silhouettes noires, comme dans la célèbre Icare, et c'est, comme depuis les débuts, la couleur qui devient l'élément dominant, créant la forme et le mouvement.


Matisse et son temps, du 20 juin au 22 novembre 2015 à la Fondation Gianadda, Martigny


Henri Matisse, Odalisque au pantalon rouge, 1923-24

Henri Matisse, Nature morte au buffet vert, 1928

Henri Matisse, Icare, 1947, série Jazz

Henri Matisse, Grand intérieur rouge, 1948

Juan Gris, Le papier à musique

Pablo Picasso, Nature morte avec lampe, 1944

Pablo Picasso, l'Atelier, 1955


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