mercredi 9 septembre 2015

Vanity Bagh

Vanity Bagh

à propos de Vanity Bagh, de Anees Salim

   L'univers de la prison est un fragment d'irréalité. Pour le jeune Imran Jabbari, condamné à une lourde peine, il est surtout un révélateur des expériences passées, une lucarne sur d'autres mondes fragmentés, ceux de son adolescence et de la vie quotidienne dans le quartier de Vanity Bagh, enclave à majorité musulmane, sorte de Pakistan miniature au cœur d'une grande ville indienne. Ici, il est question de l'imam, le père du narrateur, et de sa famille, de fêtes et de disputes, racontées avec pas mal d'humour, de communautés se regardant en chien de faïence, d'un ancien délinquant vivant reclus, de football et de cricket, et surtout d'enfants qui s'ennuient...

  Au milieu des années 2000, Imran et ses amis, groupe informel de paumés surnommé la bande des 5 et 1/2 imaginent une vie calquée sur les films d'action. Le cinéma est l'une de leurs réalités parallèles, et son empreinte reste visible dans les rêves des protagonistes, dans les citations des dialogues de ces héros cinématographiques, mêlées aux dires des gens du quartier et aux phrases écrites par des personnages autrement plus célèbres. Les mots de sources diverses semblent former, dans leur ensemble, un curieux monologue, un bruit de fond représentant l'activité des rues de Vanity Bagh. Ils se poursuivent, et ils poursuivent le malchanceux Imran lorsqu'il se retrouve en prison après avoir transporté un scooter chargé d'explosifs sans être au courant de son contenu, car pour les membres de la bande, ce n'était qu'un « travail » vaguement illégal, et ils ignoraient la préparation d'un attentat. Le tribunal ne l'entend pas ainsi et Imran, qui aspirait, assez candidement, à tromper l'ennui, doit se préparer à affronter seize années fastidieuses. Pourtant, Imran va recevoir une étrange surprise dans l'atelier de reliure où il doit désormais travailler. Dans les pages vierges des livres, celui qui ne s'était jamais intéressé à la lecture commence à « lire » les souvenirs de ses parents et de sa vie d'avant la prison, à recomposer un passé éclaté en espoirs déçus et occasions ratées, et cette régression semble donner au narrateur un certain équilibre, d'autant plus que le monde carcéral décrit dans le roman a également quelque chose de régressif ; il est souvent comparé à une école, un lieu ni agréable ni réellement épouvantable. La ressemblance avec l'école apparaît aussi dans certains éléments du décor (l'horloge murale, les arbres de la cour), mais avant tout dans sa qualité d'endroit à l'écart du temps, de la foule et de ses conflits, échappant également au dynamisme du pays, ce qui favorise la nostalgie et l'introspection. Cela permet quelquefois de relativiser les événements tragiques, qu'on ne peut plus changer, mais qu'on peut comprendre.



Vanity Bagh, de Anees Salim, traduit de l'anglais (Inde) par Éric Auzoux, éd Actes Sud, 2015




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