Accéder au contenu principal

ARIGATO GOZAIMASU 360

À propos de Arigato Gozaimasu 360, de Solange Momo

Le titre est la transcription de la formule typique de remerciement japonaise, un merci beaucoup que chaque voyageur curieux adresse sans hésiter à un pays d'une extrême richesse de nature et d'histoire, d'innovation et de particularités culturelles. Il s'agit ici d'un ouvrage, essentiellement composé de photographies, où les singularités nippones s'affichent simplement, invitant le lecteur à poursuivre la découverte et prolongeant le mystère. Avec des légendes sous forme de micro-récits en trois langues (français, anglais et japonais), la narratrice genevoise nous emmène, en dix-sept chapitres, sur les pentes du Mont Fuji, dans les marchés aux poissons et les îles sacrées, mais aussi dans les grandes villes comme Tokyo, entre autres. Au cœur d'un monde hyperactif et acquis à la modernité, on repère des fragments d'un passé incarné par des temples traditionnels, par des jardins ou des boutiques qui permettent de s'habiller comme autrefois. La coexistence des temps est pacifique. Mais l'importance du costume ne s'arrête pas aux différences entre l'ancien et le récent. Elle est visible dans la rue, dans les uniformes scolaires qui rappellent les vêtements des enfants européens du début du XXe siècle, et surtout dans des loisirs prisés par les jeunes, comme le cosplay, art du déguisement inspiré de l'univers et des personnages des mangas. La complexité et la symbolique de l'habillement dépassent les modes, constituent autant de signes de culture ou de statut social que l'on retrouve également dans les contrastes architecturaux et urbanistiques entre des quartiers comme Ginza et Shibuya.

Après les grandes villes, un Japon plus secret se profile dans les paysages montagnards, dans les villes marquées par une histoire tragique, comme Hiroshima, dans les charmes de l'île de Miyajima, l'île au torii « flottant » où il est interdit de naître et de mourir, et dans mille autres détails, telles les différentes étapes de l'élaboration du wasabi frais et autres spécialités culinaires, ou la production des perles... Sans oublier des rendez-vous autour de la musique ou des soldes, et certaines balades originales. Ce livre n'est cependant pas un guide touristique, même s'il suggère bien des idées ; plutôt une vision personnelle, un parcours illustré à l'aide de brèves narrations et grandes perspectives qui donne envie de se plonger dans tant d'étrangeté et de paradoxes. Le Japon semble un pays idoine pour les voyages en solitaire où la réalité s'offre et se dérobe, aussi évidente qu'énigmatique.


ARIGATO GOZAIMASU 360, de Solange Momo



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Suspens, Suspense

Faut-il écrire suspense ou suspens ? L’origine de ce mot, qui désigne un état d’attente anxieuse renvoie à ce petit e qui en modifie la prononciation. Avant d’être un effet de style littéraire, le suspens, ou la suspense (on écrivait sospens et sospense, et également suspence), était l’interdiction faite au prêtre de célébrer la messe de manière temporaire. Il était déclaré suspens, ou suspendu des fonctions ecclésiastiques. Selon la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1), s’il persistait malgré sa suspense, le prêtre était déclaré irrégulier. Il y avait aussi une autre acception allant dans le même sens : « Anciennement, charte de suspense, charte royale par laquelle tout procès intenté à une personne absente pour le service ou par les ordres du prince demeurait en surséance jusqu'à son retour». (2) Suspens, employé en tant qu’adjectif, désigne aussi un état émotionnel (la perplexité) ou une qualité du lieu ou de l’atmosphère. Le Trésor de la langue françai…

Art des natures mortes

Un récent billet de ce blog évoquant certaines des caractéristiques de ce genre pictural m’a donné le désir d’approfondir quelque peu le sujet de la nature morte. Le sujet est très ancien, -présent déjà à l’époque hellénistique et romaine, visible encore dans des mosaïques et des fresques -, il existe également des témoignages d’autres représentations d’aliments et d’objets inanimés ; ainsi, Pline l’Ancien raconte l’histoire des raisins peints par Zeuxis, de manière tellement réaliste que les oiseaux viennent les becqueter, mais aucune de ces œuvres n’a été conservée- ₁. Ainsi, depuis l’Antiquité, le réalisme minutieux et l’évocation de la vie quotidienne sont deux traits essentiels des natures mortes. Dans le contexte antique, la nature et la nourriture évoquaient la richesse, l’hospitalité d’une maison ou le passage des saisons.


Toutefois, l’histoire de la nature morte, telle qu’on la connaît depuis quelques siècles, se déroule parallèlement à celle de la peinture sur chevalet. L’exp…

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli

Un tableau : Jacopo de' Barbari, Portrait de Luca Pacioli
   Conservé au musée napolitain de Capodimonte, le portrait du mathématicien Luca Pacioli (1445-1514), peint vers 1500 et attribuée à Jacopo de' Barbari est à plus d'un titre étonnant. Rares sont les données sûres sur ses origines, son auteur ou la date probable d'exécution. Seule la signature, inscrite dans le décor sous la forme d'un petit papier plié, le « cartiglio », où se pose une mouche, mentionne « Jaco.Bar. Vigen 1495 ». Nul ne sait si cette inscription fait allusion à l'auteur ou au commanditaire (Ludovic Sforza, en ce temps-là duc de Bari). La toile apparaît pour la première fois en 1631, dans un inventaire des collections du palais ducal d' Urbino, sans autre information concernant son acquisition. Ensuite, quelques données sur sa destination ultérieure, d'Urbino à Naples en passant par Florence, au gré des héritages.
   Le savant, vêtu de l'habit franciscain, se tient au centre d…