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Articles

Affichage des articles du mars, 2014

Les Lunes de Mir Ali

À propos de Les Lunes de Mir Ali, de Fatima Bhutto

La ville de Mir Ali est unique. Au fil des années, elle est devenue un vrai trou noir spatio-temporel. À la frontière de l’Afghanistan, Mir Ali vit dans une ambiance d'éternelle guerre civile. Dans le combat ancestral contre l’État pakistanais, une volonté d’indépendance et de révolte est transmise de père en fils ou, également, de père en fille. Un héritage maudit que seule la modernité, symbolisée par internet et les voyages à l’étranger, semble lentement mettre en cause. Les attaques et répressions successives -étudiants assassinés, disparitions- ont créé un désespoir permanent, alimenté le cycle de la violence et de la vengeance, et plongé la ville dans la pauvreté et l’intégrisme religieux.
Lorsque les suites de la guerre afghane s’ajoutent à ce conflit, la situation devient insoutenable pour les jeunes gens de la ville, qui se retrouvent à choisir entre la loyauté envers leur clan et l’abandon des luttes de leurs parents, afi…

Le roi n’a pas sommeil

À propos de Le roi n’a pas sommeil, de Cécile Coulon
Avec un titre pareil, nous pourrions être emmenés dans un monde légendaire et improbable. Qui est donc ce roi insomniaque, et où se trouve son royaume ? Dans une petite ville sans nom, au milieu d’un pays de champs et de forêts, quelque part aux États-Unis ou au Canada, grandit Thomas Hogan, enfant unique et silencieux, ayant vécu une série de malheurs familiaux qui vont peu à peu orienter son destin. Thomas voit mourir son père des suites d’un accident banal, devient un élève modèle en refusant les attraits de la révolte adolescente, mais n’envisage pas de faire des études qui l’éloigneraient de son foyer. Car il n’est pas dissociable de la vaste propriété que son père a fait fructifier et que sa mère continue d’entretenir. C’est  là qui se trouve son royaume, et c’est là que Thomas Hogan a l’intention de vivre et de mourir. Tout autre projet, toute autre bifurcation ne serait qu’une sortie de piste, un dérapage. Son monde, ce sont…

La lune assassinée

À propos de La lune assassinée, de Damien Murith Le décor est un village anonyme, mi- agricole, mi- industriel, qui pourrait se situer dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque des deux derniers siècles. Sombre et intemporel, mais dépourvu de tout signe de  modernité ou de communication avec l’extérieur. Les animaux sont tués dans les fermes et le bistrot est le seul lieu où les hommes se réunissent. Un monde primitif, dur et glacial, rythmé par le travail des champs et de l’usine où l’on « ne compte pas les heures ». La vie des villageois s’écoule en vase clos, et dans leur enfermement, où le seul divertissement est l’observation réciproque, se développent désirs, rancunes et obsessions. Tout est déjà joué dès les premières lignes de ce récit tendu. On a l’impression d’arriver presque trop tard, juste avant le dénouement, le dernier acte. Tout converge vers le malheur et le crime dans une famille dominée par une aïeule féroce, nommée la Vieille, qui exerce une influence mal…

Impressionen der kalten Jahreszeit

Avec vue sur la montagne Saisons froides, paysages glacés tout en angles et arêtes, où le regard glisse pourtant avec une curieuse fluidité ; lumières pâles, chatoyantes ou bleutées, éclairant des vallées de solitude. La montagne comme sujet pictural, ou généralement artistique, offre un nombre inépuisable de variantes, de possibilités stylistiques et techniques traversant les âges et les modes.  La montagne se prête à tout : à l’affiche et à la carte postale, au réalisme et à l’abstraction, à l’image d’une nature aussi parfaite et émouvante que dangereuse et hostile. On peut y trouver tous les clichés, mais aussi toutes les surprises.  De la représentation de grandeur à celle du vide, du souci extrême du détail à la perspective esquissée en quelques traits, l’univers montagnard est toujours reconnaissable et jamais ennuyeux. La saison hivernale y ajoute une dimension chromatique particulière. C’est la découverte d’un nombre quasi infini de nuances de blanc, de brun et de gris, mais p…

L’escalier : Un Parcours dénivelé

A propos de L’escalier : Un Parcours dénivelé, par Oscar Tusquets Blanca, Martine Diot, Adélaïde de Savray, Jérôme Coignard, Jean Dethier. L’escalier, élément architectural essentiel, connu depuis l’Antiquité comme une façon à la fois pratique et esthétique de relier deux niveaux d’un bâtiment, nous offre une incroyable richesse dans ses fonctions et son rôle décoratif au sein d’une maison, ou à l’extérieur, dans un monument, un pont, une rue, un jardin. Cet ouvrage, abondamment illustré, explore la diversité des escaliers, en particulier en Europe, entre la fin du Moyen Âge et le XXI e siècle. Un vaste aperçu qui commence par rappeler au lecteur sa typologie (droit, à volées, courbes, suspendu, aléatoire, samba…), mais aussi son déclin progressif dans les constructions modernes, en raison notamment  de l’utilisation d’escalators et d’ascenseurs, sans oublier les réglementations concernant la prévention des incendies. Du cœur de l’édifice, l’escalier a été relégué à une partie quasi i…

Ils sont tous morts

A propos de Ils sont tous morts, d’Antoine JaquierDans l’une des Nouvelles Orientales, de Marguerite Yourcenar, il est question d’un peintre hollandais du XVIIème siècle, aux réalisations et au parcours médiocres, mais dont l’imagination et les rêves égalent ceux d’un Rembrandt. Je me suis souvenu de La tristesse de Cornélius Berg en lisant le roman d’Antoine Jaquier Ils sont tous morts. Le lien ? L’impression de retrouver le même décalage douloureux entre le songe et la vie, la même chute lente, mais sûre, qui laisse la place aux questions du choix personnel, de l’impuissance et des occasions manquées. Mais, contrairement au personnage de Yourcenar, qui s’enfonce dans un brouillard dépressif, les protagonistes de Ils sont tous morts n’en peuvent plus de tomber dans l’abîme, ils ont atteint le fond et ils creusent encore. Pourquoi ? Est-ce le fait de la pauvreté de leur réalité ou celui de la misère de leurs rêves ? C’est probablement ce mystère qui donne au récit de la brève vie d’un…

Arrecife

A propos de Arrecife, de Juan Villoro
Un hôtel dans les Caraïbes, dans un endroit qui n’a rien de paradisiaque. La Pirámide accueille de drôles de clients, des gens qui s’ennuient et adorent courir des risques. Pour plaire à ces touristes d’un genre nouveau, Mario Müller et son équipe sont prêts à organiser des programmes de divertissement couronnés par des enlèvements fictifs, à provoquer des rencontres avec des guérilleros plus vrais que nature, à évoquer les sacrifices des anciens Mayas et, en général,  à faire régner une atmosphère de peur et de danger sur fond de guerre contre les narcotrafiquants. Car le récit se passe dans le Mexique d’aujourd’hui, et certains voyageurs ne cherchent pas le calme, mais au contraire le bruit et les péripéties d’un film d’action, avec une fin heureuse, cela va sans dire. Ils sont sans doute blasés pour avoir ainsi besoin d’autant d’émotions en carton-pâte, mais le plus blasé de ceux qui vivent à l’hôtel cherche surtout l’isolement, peut-être parce …

l’Opale de Saint-Antoine

A propos de l’Opale de Saint-Antoine, de Gemma Salem
Vienne est une ville unique ; elle a quelque chose d’une Venise tout aussi saturée d’histoire et de références culturelles, mais dans une version plus lourde et insubmersible. Vienne est un décor de théâtre, de roman, une maison de poupée aussi irréelle que reconnaissable. Une histoire qui se passe à Vienne ne saurait faire abstraction de la ville, de ses rues, de sa géographie littéraire et musicale et de son côté désuet. Les splendeurs du passé forment un glacis compact; il y a toujours quelque part l’ombre de Mozart et celle de Schubert. Aussi, le sérieux y côtoie l’absurde, la douceur de vivre masque les échecs persistants. C’est la scène idéale pour les aventures d’Agnès Tartes, maladroite apprentie voleuse d’un somptueux bijou échoué dans une église de quartier : l’opale de Saint Antoine, dont tout le monde, sauf quelques petits malins, semble ignorer la valeur, à commencer par le père Fenchel et ses paroissiennes, qui prennent…

Peintures et dessins d’écrivains

A propos de Peintures & dessins d’écrivains- De Victor Hugo à Boris Vian, de Donald Friedman
Certaines œuvres picturales et graphiques réalisées par des écrivains sont assez connues, et elles s’intègrent bien dans leur style. C’est le cas des dessins à l’encre de Victor Hugo, de ceux de Goethe ou d’E.T.A. Hoffmann. Certains artistes ont été tout aussi reconnus peintres et poètes, comme Dante Gabriel Rossetti ou William Blake. Pour d’autres, il est impossible de séparer le dessin de l’écriture, et on peut se souvenir du monde animalier de Beatrix Potter. Mais qui connaissait les talents de portraitiste, caricaturiste ou paysagiste qui sont restés cachés dans  les marges de la création littéraire, présents sous forme de divertissement, de passion privée, parfois de mise en scène visuelle ou d’illustration dans les romans et nouvelles de nombreux écrivains?

 C’est ainsi que l’on découvre les portraits –essentiellement d’amis ou de proches- esquissés par Alfred de Musset ou Edgar Poe, l…

Les tribulations d’un lapin en Laponie

A propos de Les tribulations d’un lapin en Laponie, de Tuomas Kyrö
« On n’écrase pas la vie, on la contourne ». Et pourtant, contourner la vie est presque un métier pour Vatanescu, fraîchement débarqué à Helsinki dans les bagages d’un certain Iegor Kugar,  malfrat russe décidé à l’exploiter, avec d’autres Roumains, comme mendiant, et à profiter ainsi de la proverbiale solidarité apathique de ces braves Nordiques, qui sont censés vivre leur confort comme un poids culpabilisant. Vatanescu a une seule idée en tête : gagner suffisamment d’argent –même s’il doit remettre à Iegor Kugar 75 % de ce que les passants lui donnent- pour acheter des chaussures à crampons à son fils Miklos et rentrer aussitôt en Roumanie ; une seule idée, mais parfois cela représente déjà trop, lorsqu’on sait que les plans les mieux conçus des souris et des hommes... etc.
Les plans de Vatanescu vont être très vite contrariés par le froid et la dureté de la vie dans la rue. Il s’y adapte, cependant, jusqu’au jour où, …

L'autre rive...

Un autre dessin en noir & blanc... Pour le même projet que les précédents. Bateaux superposés. Crayon et fusain.